Claude Dansard, un Révolutionnaire parisien héritier d'un prêtre réfractaire Vendéen.

La vie de Claude Dansard , fondateur de «la Société fraternelle des patriotes de l’un et l’autre sexe»

Par Christelle Augris




Claude Dansard est né le 2 juillet 1738 à Issoudun[1], fils d’un maître boulanger. Nous ne savons peu de choses de lui avant 1790, sauf qu’il avait épousé avant septembre 1776[2] Marie Françoise Lenoir née paroisse Saint-Sulpice[3]. Cette marchande lingère, fille unique de Louis Lenoir, Bourgeois de Paris était veuve sans enfant de Claude Gombault maître teinturier et habitait rue de l’Arbre-Sec, paroisse St-Germain l’Auxerois[4]. En 1785, dans les actes concernant la succession de Louis Lenoir, Claude Dansard est noté « maître es art en l’université de Paris »[5].



Même si le 19 juin 1790, il avait prêté serment devant l’assemblée des représentants de la Commune de Paris pour sa nomination comme notable adjoint du district des Mathurins[6] ; il aurait dû rester un anonyme. Mais, de par son métier et sa volonté civique d’instruire le peuple parisien, il fonda le 2 février 1790[7] dans une des salles du club des Jacobins « La société fraternelle des patriotes de l’un et l’autre sexe» ». Il y lisait, tous les soirs jusqu’à 22 h[8], les journaux et les articles de la Constituante aux ouvriers, artisans, petits commerçants du quartier qu’ils soient hommes ou femmes. Des familles entières venaient y assister à la lecture et aux explications concernant ces lois et ces déclarations. Dansard participa donc à l’essor de démocratisation de la société[9] et de nombreuses personnalités de la Révolution ont fréquenté à un moment ou à un autre ce club, citons notamment Louise de Kéralio, Pauline Léon, Jacques Hébert…[10]


En tant que « président de la société fraternelle des patriotes et l’un et l’autre sexe de tout âge et tout état »,[11] où existait à la tribune une parité de deux hommes et de deux femmes  ; il rencontra quelques difficultés auprès de la Société des amis de la Constitution en novembre 1790 lorsqu’il voulut envoyer une députation à l’Assemblée nationale, comme le courrier ci-dessous le montre :

« Monsieur, La société vient d’arrêter qu’elle reçoit de la part de celle que vous présidez la députation que vous m’avez annoncée, pourvu qu’elle soit entièrement composée d’hommes. C’est avec peine que la société met cette restriction à son arrété. Rien ne seroit plus agréable pour elle que de donner aux excellentes citoyennes que vous avez réunies, des preuves de l‘estime particulière qu’elle fait de leurs vertus et de leur patriotisme ; mais des considérations importantes l’ont emporté à cet égard sur son inclination. »[12]




Durant cet hiver 1790/1791, la société prend de l’importance. Déjà des relations s’étaient établies avec les jacobins n’ignorant plus ces ouvriers, et Dansard ainsi se présenta le 8 décembre auprès d’eux pour un discours qui était, dixit Mathiez, une « philippique violente contre l’ancien clergé dont il célèbre la ruine »[13].

Cette croissance entraîna de profondes mutations au sein de la Société, de plus en plus de bourgeois et d’hommes et femmes plus éduqués se mêlèrent aux discussions et débats.


Par manque de place, la société dut s’établir en février 1791 dans l’église des Jacobins. C’est à cette période qu’une lettre dans l’ami du Peuple de Marat parla de Dansard en des termes peu flatteurs « M Dansard, président de la société, pourroit vous donner là-dessus des renseignements ; mais c’est un endormeur qui fait grand bruit sur des vétilles, et qui est bien loin de vos principes (Marat). » Cela concernait une affaire de portrait de Marat exposé à la société fraternelle.[14]

Au mois de mars de la même année la société déménagea dans la bibliothèque. Depuis un moment pour payer les frais d’entretien une cotisation, certes minime, était exigée ; et par conséquent un règlement fut établi. De l’école d’instruction qu’était la Société fraternelle des patriotes de l'un et l'autre sexe au départ, on en était arrivé à un vrai club avec égalité entre tous les membres. Dansard ne pouvait donc plus en être le président perpétuel, ce dernier devant être choisi par vote. Certains diront perfidement qu’il aurait du l’admettre en tant qu’ami de le la liberté et de l’égalité[15]. Mais Dansard avec le titre de « fondateur et père de la société fraternelle » voulait en garder la main, et pour cela il fut taxé d’autoritarisme et un bureau lui fut adjoint ce qu’il ne supporta pas. Ainsi grâce aux journaux de l’époque nous pouvons suivre son éviction du club durant ce mois de mars, ainsi paraît le 25 :


« la société populaire séante aux jacobins, déclare qu’elle n’a plus M. Dansard son fondateur pour président[16] ».


Puis le lendemain, dans le compte-rendu de la séance du 21 mars des « Amis de la constitution », on peut lire :


« M. Dansard, ci-devant président de la société, fraternelle est venu justifier sa conduite comme membre de la société, il annonce que le virus aristocratique, s’étoit introduit jusque dans sa société, et il déclare qu’il va en former une autre après Pâques ».[17]


Enfin le 28 mars « une députation de la société fraternelle est venue justifier sa conduite relativement aux inculpations de M. Dansard ; elle a paru complettement disculpées des reproches qu’il avoit été porté contre elle, et a été très accueillie »[18]




Il semble toutefois qu’il soit resté membre jusqu’au début septembre, car le 3, Morizot président de la  « première Société fraternelle des Jacobins-Saint-Honoré, » applaudissait au choix des quatre députés déjà nommés, et priait d’inscrire au rang des candidats pour la nomination de ses députés au corps législatif M. Dansard, fondateur et membre de cette société.[19] Lors de cette première période électorale, on peut voir plusieurs fois sur les listes son nom, par exemple lors de l’élection de scrutateurs le 11 septembre où il obtint six voix[20]. À chaque fois, il est indiqué « maître de pension, électeur de la section des Thermes de Julien»[21]. Ensuite, il fut électeur au club de la Sainte-Chapelle de la section de Beaurepaire[22], club modéré créé le 22 septembre 1791 et constitué des membres de l’Assemblée électorale de Paris. Mais le 23 octobre il adressa une lettre à ses collègues du Comité de la section des Thermes-de-Julien, annonçant son départ pour un département éloigné et demandant que soit pourvu son remplacement en qualité de commissaire de la section[23].

Ce département est la Vendée. Lors de l’assemblée primaire ayant eu lieu le 15 novembre 1791 en l’église Saint-Mathurin de Luçon, fut élu comme maire le citoyen Maigre, et se trouvait parmi les quatre officiers municipaux Dansard[24]. Il était toujours membre du conseil municipal le 21 septembre 1792 lors de la prestation de serment exigé par la loi du 15 août 1792, et le 14 octobre 1792 il faisait partie de la délégation qui assista à la proclamation des décrets abolissant la royauté devant l’arbre de la liberté plante sur la place dite la liberté[25].

Le 5 octobre 1792, Claude Dansard, professeur de rhétorique, principal provisoire du collège national prêta serment selon la loi du 14 août[26]. Il percevait un traitement de 1 500 livres[27].

Au début des guerres de Vendée, Luçon la républicaine fut menacée plusieurs fois par les troupes royalistes. L’angoisse monta et des traitres devaient être trouvés. Ainsi, suite à la délibération de la commune de Luçon du 16 mai 1793, le général Beaufranchet-Dayat fut désigné pour son ordre d’évacuation de plusieurs postes du Sud Vendée et un courrier signé par tous les officiers municipaux, juges et notables dont Dansard, fut adressé au département de la Vendée pour être communiqué aux Commissaires de la Convention nationale.[28]


Bataille de Luçon

Une dernière fois, Luçon fut en danger lors de la célèbre bataille du 14 août 1793. Les Républicains gagnèrent. Mais ce fut une joie de courte durée pour notre professeur, car son épouse Marie-Françoise Lenoir décéda le 29 août à 61 ans[29].

Certainement par élan patriotique, parallèlement à son activité d'enseignement, il devint économe de l’hôpital de cette ville en novembre 1793[30].

A un moment de cette première guerre de Vendée, il quitta Luçon, mais resta certainement dans la région puisque on le retrouve en 1796 agent de l’hôpital militaire de Bressuire et de l’ambulance de Châtillon[31] en résidence à Bressuire.

Et le 10 floréal an IV (29 avril 1796) à Parthenay[32], à l’âge de 57 ans, il épousa Marie Liger, nièce de François Jottreau prêtre réfractaire tué durant les troubles. Elle avait un frère René Liger qui aurait été défenseur de la patrie.[33]

Claude Dansard se retira à Parthenay où il accepta le poste d’instituteur à Parthenay qu’on lui proposa en novembre 1797 et fut officiellement nommé en juin 1798. Il y est indiqué « maître es art de l’université de Paris » où il a professé pendant trente ans, a servi à Luçon puis dans les hôpitaux. Un rapport les concernant mais dont malheureusement nous n’avons pas la cote indique :

« Considérant que le citoyen Dansard, depuis sa résidence à Parthenay à donné des preuves bien certaines de son attachement à la chôse publique, qu’il a les connaissances nécessaires pour remplir avec distinction la place d’instituteur primaire ». Il avait vingt élèves et logeait dans le presbytère du Sépulcre[34]. En juin 1797, il est dit « qu’il paroit, depuis sept à huit mois avoir perdu la confiance publique », alors qu’en 1798 il « Jouit de l’estime publique, n’enseigne à ses élèves que l’amour et les devoirs du citoyen » [35].


En tant que républicain convaincu, il adressa le 1er octobre 1797[36] une chanson composée à l’occasion de l’anniversaire de la fondation de la République. Le 30 octobre 1798, il s’occupa de la succession de l’abbé Jottreau, un ancien prêtre réfractaire donc en tant que représentant de son épouse[37]. Il quitta Parthenay en 1799, certainement début mars, selon une lettre adressée au département le 12 ventôse an VII (2 mars 1799)[38] :

« Nous vous adressons, ci-joint, par duplicata, une pétition présentée par le Citoyen Jacques Moricet,[39] tendante à remplacer, en qualité d’instituteur, le citoyen Dansard qui se trouve obligé de quitter cette commune pour affaires majeures ; elle est revêtue de l’avis du jury d’instruction et du nôtre ; nous vous invitons à les prendre l’un et l’autre en grande considération»

Il revint donc dans sa région natale, où il fut toujours instituteur à Issoudun en octobre 1801[40] et où il y décéda le 20 juin 1802[41]à l’âge de 65 ans. Il sera indiqué sur son acte de décès « instituteur de langue latine, de Grec, de Géographie, de Mathématiques, d’Histoire et ectera » !



Claude Dansard restera dans l’histoire comme le pauvre maître de pension souhaitant éduquer civiquement le peuple ; et qui apportait à chaque fois, lors des premières réunions de la Société fraternelle des patriotes de l’un et l’autre sexe, un bout de chandelle dans sa poche avec un briquet et de l’amadou.

Lors de la découverte de la succession d’un prêtre réfractaire, étonnement sa trace fut retrouvée, lui qui avait combattu pour la constitution civile du clergé de manière acharnée comme le démontre ce poème :


Commandemens de la Patrie


Avec ardeur tu défendras

Ta liberté dès à présent,

Un clergé du supprimeras

La moitié necesairement,

De tous moines tu purgeras

La France irrévocablement,

Et de leurs mains tu reprendras

Les biens volés anciennement.

Aux gens de loi tu couperas

Les ongles radicalement,

Aux financiers, tu donneras

Congé définitivement

De tes impôts tu connoitras

La cause et l’emploi clairement.

Et jamais tu n’en donneras

Pour engraisser un fainéant.

De bonnes lois tu formeras.

Mais simples, sans déguisement.