Le révolutionnaire plébéien Albert Mazuel. (Première partie)



Le Révolutionnaire Plébéien Albert Mazuel
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Détail du siège de Lyon d'Etienne Béricourt (Gallica)


Albert Mazuel, personnalité secondaire, mais non mineure de la Révolution française, n’est pas le plus connu de ceux qui accompagnèrent Hébert à l’échafaud. Pourtant, il participa à de nombreux événements cruciaux. Pour s’en convaincre, il suffit de lire la notice détaillée de Tuetey le concernant dans le Répertoire général des sources manuscrites de l’histoire de Paris pendant la Révolution française.[1] Plusieurs historiens se sont intéressés à lui, soit au détour d’un chapitre, ou soit même pour des articles complets comme Mazuel et l’hébertisme de Maurice Dommanget[2]. Richard Cobb dans l’Armée révolutionnaire instrument de la Terreur dans les régions lui consacra de nombreuses pages[3], preuves s’il en fallait de l’intérêt que peut susciter ce personnage. Cette biographie, tout en tentant d’éviter de tomber dans le piège premier de surestimer l’importance de la personne étudiée, rassemble les renseignements disponibles et éclaircit quelques-unes des nombreuses zones d’ombre concernant ce révolutionnaire.


Jeunesse


Fils de cordonnier lyonnais



Albert Mazuel[4], aîné de six frères et sœurs nait à Lyon le 2 novembre 1765[5]. Son père, issu d’une lignée de cordonniers dauphinois est lui-même maître cordonnier et décède dans cette ville douze ans plus tard en 1777[6]. Le cercle relationnel parental est essentiellement celui des cordonniers, mais aussi des corroyeurs, des ouvriers en soie, matelassiers et doreurs. Pourtant, orphelin de père très jeune et issu du petit artisanat, Mazuel reçoit toutefois une éducation assez soignée. Ainsi à l’instar des chefs révolutionnaires, il n’est pas le dernier à citer Brutus[7], Coriolan[8]...

En 1794, il déclare qu’à Lyon il exerça comme premier métier celui de son père, puis qu’il devint dessinateur en broderie. C’est ce dernier métier qu’il indique lorsqu’en 1786 il épouse à l’âge de 21 ans Antoinette Delpech, coiffeuse et fille d’un maître cordonnier[9]. L’année suivante, toujours à Lyon qui connaît alors une période de crise économique[10], Antoinette donne naissance à un enfant prénommé Jean[11].


Le Montpelliérain

Est-ce cette crise qui est la raison poussant le couple à s’installer à Montpellier ? Ils y ouvrent un commerce en broderie qui semble assez florissant malgré les dires de Mazuel[12]. Ainsi, au baptême de son second fils en la paroisse Notre-Dame de Montpellier en janvier 1789[13], les témoins ne sont plus issus de l’artisanat, mais de la bourgeoisie. Le parrain Jean Gérald Célarier se déclare être bachelier, et parmi les autres signataires se trouvent un docteur en médecine, et certainement un fils d’apothicaire[14]. Fait étonnant, Albert est alors indiqué : « Mazuel dit Morel[15]. »



Les débuts de la carrière militaire et révolutionnaire de Mazuel s’avèrent assez obscurs. En germinal an 2, Borsat « cavalier révolutionnaire, ci-devant officier des chasseurs à cheval », dans un interrogatoire au Comité de sûreté générale indique :

« [...] depuis longtemps (je) le connaissais, je savais de quoi il était capable ayant servi dans Champagne avec lui d’où il a déserté, il vint se réfugier à Lyon, lieu de sa naissance où il joua le baladin au Breteau (sic) sept à huit mois (…)[16]. » Fait-il allusion au « Royal champagne cavalerie » ? Toutefois, ces renseignements ne sont corroborés par aucun autre document.


En juin 1790, lors de la « bagarre de Nîmes », la Garde nationale de Montpellier vint rétablir le calme ; et participa, l’hiver suivant, à l’offensive patriote contre le camp de Jalès[17]. Mazuel, doit en être membre, car il indique : « moi qui depuis la Révolution est essuyé et payé de ma personne au massacre de Nîmes[18], qui me suis montré le premier contre les germes du fanatisme à Montpellier et dans les Cévennes[19]. »

D’autres révolutionnaires d’origines montpelliéraines nous fournissent quelques brides supplémentaires sur cette période. Ainsi Victor Aigoin futur secrétaire de Robespierre indique : « Mazuel a toujours pris le parti des patriotes dans le midi et a été en butte aux persécutions des autorités modérées[20]. » Quant au conventionnel Cambon, il écrit : « Mazuel habitait Montpellier lors de mon départ pour Paris (en 1791). Il était connu pour son patriotisme. Depuis mon absence il a été condamné par la police correctionnelle. Il accuse les aristocrates d’avoir exercé cette vengeance[21]. » Mazuel reconnaît lui-même avoir rencontré des soucis avec la justice de Montpellier à l’instigation des aristocrates et des modérés n’appréciant pas son esprit maratiste.


Durant cette période, Montpellier se trouve à l’avant-scène révolutionnaire. Les « Amis de la Constitution et de l’égalité », société Jacobine de plus de trois cents membres issus en grand nombre de la bourgeoisie locale et à forte dominance protestante, dès juin 1791 rédigent une pétition en faveur de la République[22]. Parmi eux, on peut citer Jacques Gilles Henri Goguet futur général, Cambon père et fils, François Mireul[23], Aigoin... [24]. Albert Mazuel, si étonnamment, il n’appartient pas à cette société ; toutefois, il entretient au moins des relations avec cette bourgeoisie locale Jacobine qui n’hésitera pas ultérieurement à lui demander des lieutenances pour ses fils dans la future Cavalerie révolutionnaire[25].



Le fédéré de 1792


Prévue pour le 14 juillet 1792, la seconde fête de la Fédération fixée par décret à l’Assemblée nationale reçoit dans un premier temps le veto royal. Mais malgré cela, le 26 juin, le Directoire du département de l’Hérault décide que ce veto n’est pas suspensif à l’exécution du décret[26]. Il envoie une adresse au Roi et au peuple parisien indiquant que les Montpelliérains veulent défendre la liberté et les droits acquis[27]. Sous l’impulsion des « Amis de la Constitution et de l’égalité », dont surtout Mireul et Goguet, un registre d’inscription est rapidement ouvert, et l’Hérault fournit 250 hommes, dont 80, pour le district de Montpellier[28]. Albert Mazuel se trouve élu à la tête de la compagnie destinée à représenter la ville[29]. Le député Cambon indique à la séance de l’assemblée du 30 juin que « les gardes nationales du département de l’Hérault choisies pour former la fédération projettée, étaient en marche »[30]. Lors d’une étape à Dijon, Mazuel rallie sous son commandement la première compagnie des fédérés des Côtes d’or lui conférant un certain prestige à son arrivée à Paris[31].


Le 10 août

Il avait été décidé par l’assemblée que les fédérés parvenus à Paris assisteraient à la fête de la Fédération. Ensuite, ils se dirigeraient sur Soissons pour se former avant de partir aux frontières[32]. Mais, suite à la journée du 20 juin, l’entrée en guerre de la Prusse aux côtés de l’Autriche et la déclaration de la patrie en danger qui s’en suit, une partie des Parisiens révolutionnaires accueillent les fédérés avec enthousiasme et souhaitent ardemment qu’ils demeurent à Paris après le 14 juillet. Le 13 juillet, Danton indique aux Jacobins :

« Le danger de la patrie a appelé ici nos frères d’armes des départements ; ils peuvent donc examiner ce qu’ils croient le plus propre à sauver la chose publique. Et, je le demande au constitutionnel le plus serré, ne puis-je pas dire ce que j’ai dit vingt fois : peuple, on vous abuse, jamais on ne compose avec les tyrans ! — En exprimant cette pensée, j’use du droit de tout homme libre d’énoncer son opinion. — Eh bien, si les fédérés l’avaient aussi, cette opinion ; s’ils disaient ce que pense toute la France, que le danger de la patrie ne vient que du pouvoir exécutif, qui leur ôterait donc le droit d’examiner cette question ? [33]»


Un certain nombre d’eux qui s’étaient engagés initialement pour partir défendre aux frontières, tant que l’ennemi intérieur n’est pas détruit demeurent à Paris et veulent en découdre. Ainsi sont reportés des propos tenus le 15 juillet par quatre fédérés dans un cabaret du faubourg Saint-Antoine : « Vous autres Parisiens, vous êtes trop bons, trop mous, vous êtes bien heureux que nous soyons venus pour finir ce que vous avez commencé, et quand nous y serons, il faudra bien que ça crève, et nous ne lâcherons pas le pied comme vous[34]. » Et, dans la multitude de pétitions de cette période, certaines proviennent des fédérés allant jusqu’à réclamer la déchéance du roi[35].


Ils s’organisent, et des bataillons sont formés dont celui des 83 départements[36]. Un Comité central de quarante-trois membres, réduit ensuite à cinq est créé. Ce comité siège dans la salle de correspondance des Jacobins, et son premier président est Gabriel Vaugeois fédéré du Loir-et-Cher[37], puis, semble-t-il, Gaillard fédéré de Lyon jusqu’au 10 août[38]. Ce comité s’allie avec les sections les plus révolutionnaires et Paris et participe au projet d’insurrection.[39] Ce projet ne peut être mis en œuvre qu’après l’arrivée des Brestois et des Marseillais. Et donc, le 10 août, tôt le matin, cette insurrection éclate ; les Fédérés[40] et les Parisiens des faubourgs se dirigent vers les Tuileries. Mazuel fait preuve de courage durant les violents combats. Notons qu’il est déjà assez connu auprès des Jacobins pour qu’on y indique par erreur à la séance du soir qu’il est mort dans la mêlée[41]. Dès le lendemain même, il devient président de ce comité central des fédérés[42], et s’acquitte de sa tâche avec conviction. Il y noue des amitiés durables notamment avec deux de ses secrétaires temporaires et venant de Nancy Bourgeois[43] et Lang[44].



La prise des Tuileries le 10 août 1792 Jean Duplessis-Bertaux Collection du Palais de Versailles

Mazuel délivre des certificats de bravoure, dont le 19 août celui de Claire Lacombe[45], organise les hommages dédiés aux fédérés morts au combat et se met à fréquenter assidûment les séances des Jacobins où il y intervient régulièrement. Ainsi, à celle du 12, il dément en personne son décès et demande aux citoyens de Paris d’honorer au champ de Mars les fédérés tombés à « l’attaque de la nouvelle bastille[46]. » Il y propose une souscription à cet effet. Voici le texte de l’invitation :


« VIVRE LIBRE OU MOURIR

LES FÉDÉRÉS

DES QUATRE-VINGT-TROIS DÉPARTEMENTS

AUX CITOYENS DE PARIS.


Frères et Amis,


Nous venons de renverser avec vous l’énorme colosse qui menaçait de nous écraser. Il en a coûté le sang de nos camarades et des vôtres ; mais ne le regrettons pas puisqu’il nous a assuré une glorieuse victoire. Le nôtre est prêt à couler encore pour le soutien de la même cause, et malheur à ceux qui voudront la combattre. Nous avons fait mordre la poussière aux satellites du tyran suspendu ; et nous ne craignons pas le réveil terrible qu’on semble nous annoncer. Un devoir sacré, un devoir religieux nous engage aujourd’hui à vous inviter de vous joindre à nous, non pour répandre des larmes, mais pour couvrir de fleurs l’urne sacrée qui contient les cendres des généreux guerriers qui ont péri dans le combat ; veuillez donc vous trouver, dimanche à huit heures du matin, dans la cour des Jacobins d’où nous partirons pour nous rendre au lieu de la cérémonie. Les dames patriotes sont instamment priées de venir embellir la fête par leur présence, en habit blanc ceint d’un ruban aux trois couleurs et portant des guirlandes pour coiffure. Nous comptons aussi sur le talent des amateurs et musiciens de chaque section. Nous trouverons, les uns et les autres, la plus chère des récompenses dans les bénédictions de la Patrie.


MAZUEL, président de l’Assemblée générale ; DUBOIS-LAMMARTINIE, président du Comité fédératif de subsistance ; LOYS, PELLETOT père, FLAMAN, SÉLÉGIA, LEMIERRE, BONNET, DUBOIS, GOSSERET, commissaires ; TRÉHAN, secrétaire.[47]


Le Jacobin

Le 20 août, en qualité de président du comité central des fédérés des quatre-vingt-trois départements, il intervient à la tribune du club des Jacobins. Il y exprime le ressenti de ceux de tous les départements[48]. En comparaison des Marseillais et des Brestois, ceux-ci dans les comptes-rendus des journalistes se sentent oubliés :


« [...] comme si, aux Tuileries, les fédérés des quatre-vingt-trois départements n’avaient pas également signalé leur courage et leur patriotisme ; comme si, dans l’armée volante dont on vient de parler, il n’y avait de fédérés que les trente Marseillais. « Qu’auraient fait aux Tuileries les Marseillais, les Brestois et les autres fédérés, s’ils n’eussent été soutenus par les citoyens de trente-sept sections de Paris ? Nous sommes donc tous frères, tous soutiens et défenseurs de la liberté, de l’égalité. Plus de distinction donc entre nous ; qu’il ne soit question désormais que des fédérés et des Parisiens (…) [49] ». Chabot loue son discours, et les engage à ne pas quitter Paris.[50]


Mazuel avait précédemment écrit cette réclamation au journal « Révolutions de Paris » de Prud’homme : « Monsieur, l’assemblée générale des fédérés, séante aux Jacobins, vous prie de vouloir bien ne mettre aucune ligne de démarcation dans votre feuille ; tous les fédérés sont égaux ; les Marseillais, les Bretons & les autres fédérés des 82 départements ne sont qu’un ; vous obligerez ceux qui sont parfaitement, monsieur, Mazue (sic), président, Fauville secrétaire, les fédérés des 82 départements.[51] »


Toujours aux Jacobins, le 24 août en tant que fédéré de l’Hérault, il demande un casernement, un équipement, à prélever sur « les vingt-quatre mille livres trouvées dans le secrétaire de Marie-Antoinette » et un entraînement pour tous les fédérés de province afin de pouvoir ainsi « [...] défendre et assurer le règne de la liberté et de l’égalité (…) ». Il y exprime aussi « que dans le moment où nous nous sommes déclarés tous égaux. [...]Je désirerais donc que la paye fût uniforme, depuis le simple volontaire jusqu’au commandant de bataillon[52].

Le 29 août, il y souhaite « le renouvellement de tout l’état-major de l’armée, à l’exception du très petit nombre d’officiers généraux qui se sont déclarés nettement patriotes. »


« Des grandes calamités frappent cet empire. Des vils intrigants et des scélérats conspirent encore contre notre liberté ; la mollesse s’empare d’une partie de nos législateurs, et la patrie, souffrante appelle à grands cris des hommes pour la sauver. De toutes parts les bras sont levés Contre la tyrannie ; la classe la plus indigente du peuple est celle qui veut la liberté et qui saura la conserver au prix de sa vie. Les esclaves sont à nos portes, ils sont dans nos foyers. Eh bien, montrons-nous ce que nous sommes et ce que nous voulons être ; si les lâches nous présentent des fers, ensevelissons-nous sous les ruines de la liberté ; si au contraire ils veulent se joindre à nous, marchons où la gloire nous appellera, allons briser leurs chaînes, et montrons ce que peut un peuple libre qui connaît sa souveraineté.

Les Coriolans veulent tremper leurs mains perfides dans le sang de leurs frères ; ils veulent renverser l’édifice qui a coûté tant de peines et de veilles à d’illustres citoyens, amis de l’égalité et des droits de l’homme ; ils veulent mettre à contribution ce que nous avons pendant quatre années soutenues avec autant de courage. La journée du 10 est prête à se renouveler non loin cette cité ; un grand carnage se prépare : les satellites de Prusse et d’Autriche veulent rétablir le despotisme. Eh bien, marchons où la gloire nous appelle, sonnons le tocsin dans tous les départements, et qu’une armée formidable, composée de Scaevolas, anéantisse jusqu’à l’ombre de la tyrannie. Portons le fer et la flamme dans tous les palais, respectons les chaumières du laboureur, qu’il jouisse liberté. Marchons, dis-je, abattre toutes les têtes qui veulent s’élever au-dessus de leur sphère, et faisons rentrer au néant tout ce qui peut nuire à la France régénérée. 0 mes concitoyens ! pouvons-nous voir sans frémir d’horreur des lâches qu’une nation généreuse et bienfaisante a adoptés dans son sein ? Pouvons-nous voir, dis-je, que de tels êtres nous trahissent ? Ils vendent ceux à qui ils doivent leur existence ; ils nous livrent à leurs bourreaux, comme les juifs livraient à la fureur — du peuple leurs victimes innocentes. Eh ! quel est celui d’entre nous qui a eu la faiblesse de croire qu’un être qui ne tenait qu’à ses titres plutôt qu’à l’honneur ait pu se hasarder à combattre pour l’égalité ? II en existe peu de ces hommes, et ce sont ceux qui sont disgraciés. Eh bien ! purgez une seconde fois votre armée, elle est plus gangrénée qu’auparavant. Des ci-devant Coblentiers ont obtenu des ministres pervers des brevets. La perfide cour favorisait le crime et non la vertu ; qu’ils soient remplacés par les hommes du 10, et Vous verrez alors qu’une nation composée de vingt-Cinq millions d’hommes saura faire trembler tous les tyrans de l’Europe, y en eût-il jusqu’aux enfers. Je demande donc que l’on s’occupe de la rédaction d’une pétition pour demander à l’Assemblée nationale le renouvellement de tout l’état-major de l’armée, à l’exception d’un très petit nombre d’officiers généraux qui se sont déclarés nettement patriotes. »


De par son goût pour la chose politique et sa précédente fonction de président du comité des fédérés, Mazuel ne souhaite pas qu’ils n’aient contribué à la Révolution que lors des événements du 10 août. Il exprime régulièrement son avis et devient leur porte-parole, non officiel. Ainsi il ne décolère pas sur le manque d’équipements des hommes qu’il représente ; et le 8 septembre, en indiquant la situation des fédérés, il commet l’imprudence de critiquer Santerre :


« Depuis que nous sommes dans Paris, nous n’avons fait encore que la révolution du 10 août. Depuis huit jours enfin, nous sommes organisés et nous formons un bataillon de 800 hommes ; il ne nous manque que des armes. Ce n’est pas sans la plus vive douleur que les fédérés ont vu que des citoyens de diverses sections se sont plusieurs fois présentés à la barre pour demander notre départ. Nous sommes les premiers à souffrir avec impatience qu’on nous laisse dans l’inaction ; mais ce n’est que de ce matin qu’à force de sollicitations nous avons obtenu des casernes. Nous nous sommes adressés à M. Santerre pour obtenir enfin des armes. Quelle a été sa réponse ? “Prenez des piques et partez.” Comment veut-il que de braves fédérés, qui ont affronté la mort au château des Tuileries, aillent s’exposer à l’artillerie ennemie armée de simples piques ? Nous lui avons ensuite exposé l’état de dénuement dans lequel se trouvaient beaucoup d’entre nous, et nous lui avons demandé de nous faire donner des souliers. Il nous a répondu que des patriotes faisaient la guerre pieds nus, et n’avaient pas besoin de souliers pour aller chercher l’ennemi qu’ils veulent combattre. Ces réponses nous ont indignés de la part d’un homme qui passe pour patriote, et demain nous ferons une pétition à l’Assemblée nationale pour lui demander à être directement sous les ordres du pouvoir exécutif, et non sous ceux de M. le commandant général de la garde parisienne. »

Mais il est obligé d’exprimer des excuses pour cette maladroite attaque en reconnaissant le patriotisme de ce dernier. Le 12 septembre, c’est en tant que de l’Hérault et capitaine du bataillon des quatre-vingt-trois départements qu’il communique aux Jacobins une pétition en leurs noms, demandant une énième fois des armes[53].


Aucun historien ne le signale comme septembriseur, et les quelques discours qu’il émet à cette période sont difficilement interprétables. Parmi les massacreurs, se trouvaient des fédérés c’est certain, mais son animosité contre Santerre doit-elle être expliquée par leur rôle respectif à cet moment  ? Tout comme des propos tenus à Nancy en avril 1793 dans un café concernant la nécessité de se porter aux prisons, à l’imitation des citoyens de Paris ? Ensuite pour se justifier, il parla des massacres de « séances malheureuses » et qu’il fallait davantage de lois pour éviter cela.[54]


Il demeure encore dans la capitale en octobre[55]. Le 22, toujours aux Jacobins, il se plaint que les contre-révolutionnaires souhaitent égarer les fédérés, et en particulier les Marseillais présents à Paris. Il annonce que les fédérés partiront le dimanche suivant, « Mais avant nous voulons faire la bénédiction de notre drapeau » iI invite les Jacobins, la municipalité, les 48 sections, les Marseillais à une cérémonie qui « aura lieu sur l’autel de la patrie, vers le bassin des Tuileries, à l’endroit où Marie-Antoinette voulait laver ses mains dans le sang des Français » le jeudi précédent leur départ. Ce dernier discours fleuve qu’il adresse aux Jacobins qu’on lui presse d’achever s’avère fort intéressant concernant ses convictions profondes. Il indique sa vision du rôle d’un militaire en cette période, rôle qui correspond à un citoyen soldat :

« on m’a fait un reproche à ma caserne, de ce que Chabot, dans le discours qu’il a prononcé en dernier lieu dans cette société, avait mis trop de partialité, en disant que les Parisiens avaient fait la révolution, il est vrai que, sans les Parisiens : les fédérés n’auraient fait la journée du 10 août, mais il faut dire aussi que sans les fédérés, les Parisiens n’auraient pas fait ces journées.

Nous vous devons, Jacobins, beaucoup de reconnaissance ; vous avez dirigé notre patriotisme, et c’est en suivant vos conseils que nous avons sauvé la république [...] nous sommes venus pour terrasser les ennemis du dedans et ceux du dehors ; mais nous ne sommes pas venus pour servir de valets à la convention nationale, pour épouser des querelles particulières [...]Nous voulons combattre contre les despotes ; mais, avant nous voulons anéantir l’intrigue, nous connaissons les intrigans ; nous écrirons à nos concitoyens : vous avez nommé un tel, un tel, il n’est pas dans le bon chemin, il ne soutient pas la bonne cause, il est intriguant, retirez-lui ses mandats…

Législateur, faites des lois, si elles sont bonnes, nous les sanctionnerons ; mais en attendant, notre mission à nous est de vous surveiller jusqu’aux portes des enfers, s’il le faut.

Il y a des gens qui disent ; quoi ! vous n’êtes pas partis ! allez donc aux frontières, que faites-vous ici ![56]... Oui, nous irons aux frontières, nous irons où la gloire nous appelle ; mais, je crois que la gloire nous appelle à être les surveillants des intrigans de la Convention nationale ».


Chabot se fendit d’une réponse sans appel :

« citoyen, dites à vos frères d’armes que les intriguans voulaient les chasser avant la journée du 10, et qu’ils osèrent le proposer à cette tribune ; dites-leur que les véritables amis de la liberté sont ceux qui ne veulent pas d’une force armée autour de la convention [57]».



L’armée de Moselle.


Arrivée du bataillon des fédérés des 83 départements à Nancy [58]

Même si le goût pour la politique demeure, le capitaine de cavalerie Mazuel au bataillon des fédérés des 83 départements [59] suit celui-ci lorsqu’il quitte Paris à la fin du mois d’octobre pour Nancy où ils doivent y rester quelques jours[60]. Le bataillon arrive dans la ville le 4 novembre et est rassemblé place du Peuple (Place Saint-Stanislas). Mais certaines volutes des grilles en ferronnerie ornant cette place sont fleurdelysées. Ces fédérés, dont un certain nombre avait combattu le 10 août pour faire tomber la royauté et ses symboles détruisent donc ces emblèmes proscrits. Emportés dans leur vindicte, ils s’attaquent aux tableaux représentants des rois et par erreur certaines célébrités locales dans la salle de l’Académie située au premier étage de l’hôtel de ville. D’autres bâtiments publics sont « visités » dont le Collège de médecine. Très rapidement, la municipalité et à sa tête Duquesnoy rapporte ces événements au général Favart commandant la division. Le 15, ce dernier donne alors l’ordre que ce bataillon parte aussitôt. À l’heure du départ, rassemblés, place du Peuple (place Carrière) certains fédérés encouragés par quelques citoyens contestent vivement[61], avant d’obtempérer et quitter Nancy sans autres incidents notoires. Parmi les contestataires se trouve notre capitaine ; Puyproux chef de bataillon de la Garde nationale de Nancy, déclara ultérieurement qu’il entendit Mazuel s’opposer « bruitamment » aux ordres du général Favart[62]. Toutefois, certains fédérés, dont Mazuel sont restés à Nancy.


Place Stanislas à Nancy Tableau dit « de Pange » - Anonyme, vers 1760 (huile sur toile) (Wikipédia)

Le même soir, à la tête d’une délégation de quelques fédérés, il se déplace à la Société populaire de Nancy (société des amis de la liberté ou de l’égalité). Ils s’y plaignent vigoureusement de Duquesnoy[63], obligeant ce dernier à venir s’y expliquer, avec succès. Le lendemain deux officiers de ce bataillon, dont un quartier-maître, se présentent à l’assemblée de la commune pour protester contre le procès-verbal de la séance tenue la veille et transmis au ministre de la Guerre. La confrontation est orageuse, et l’incident transmis aux autorités miliaires[64]. Mais, à la fête civique organisée le dimanche18, dans une volonté d’apaisement, Mazuel fait solennellement l’accolade au maire. Il est imité par les officiers l’accompagnant[65]. L’incident apparemment semble clos, sauf qu’il y eut certainement des suites disciplinaires à l’encontre de Mazuel. Selon le témoignage de Puyproux, le commandant de la légion fit arrêter Mazuel sur la place de la liberté[66]. Après ces quelques jours tumultueux à Nancy, Mazuel gardera rancune vis-à-vis de Duquesnoy. Ce dernier, début décembre lors de l’instruction du procès de Louis XVI fut mis temporairement en état d’arrestation et, malgré sa popularité auprès des Nancéens ne peut se représenter lors des élections municipales.

Campagne de Trèves

À la fin de l’année 1792, le bataillon des fédérés des 83 départements ayant intégré l’armée de la Moselle du général Beurnonville participe à la campagne de Trèves[67]. Cette campagne, imposée par Custine et menée contre toute logique en hiver s’avérera désastreuse. Les militaires sont mal équipés et les officiers de carrière trouvent les volontaires peu formés et indisciplinés. En plus du pillage, un grand nombre de désertions est recensé. Précisons que parmi les fédérés quittant les rangs de l’armée se trouvent de bonne foi, ceux de 1791 dont leur temps de service devait initialement s’arrêter le 1er décembre. Face à cette hémorragie, La Convention tente de légiférer sans trop de succès, comme l’indique une lettre de Beurnonville : « Tous les jours, 100 à 150 volontaires quittèrent l’armée de la Moselle. Il est bien probable que je n’arriverai qu’avec mes troupes de ligne devant Trèves. [68]»

Mazuel ayant souffert du froid tombe malade. Comme il l’explique notamment dans sa lettre qu’il adresse à Claire Lacombe :

«(…) nous étions entré en campagne dans la saison la plus rigoureuse les maux incalculables que nous avons soufferts, ce qui m’avoit tellement affaibli en une inflammation que j’avais eut aux jambes, m’avait obligé de faire couper mes bottes, mais cela ne m’a pas empêché de rester toujours à mon poste jusqu’à ce que l’armée rentre en France. » Il veut lui notifier ainsi, qu’il ne fait pas partie de ces fédérés déserteurs. En janvier, avec accord du chirurgien de l’armée,[69] il part se faire soigner de « deux maladies [70]» à Montpellier où il retrouve son épouse et son fils qu’il chérit comme il l’indique : étant arrivé chez moi il falloit que je vis ce que j’ai de plus cher au monde après ma patrie je languissoit d’embrasser une épouse que j’adore et un fils que j’idolâtre fruits de sept années d’himenée ». Il y séjourne environ vingt jours, où selon ses dires quelques mois plus tard en nivôse, il a maille à partir avec les autorités municipales :

« [...] j’ai passé vingt jours à Montpelier, aux mois de février et mars derniers, j’y ai été persécuté parce que j’y étais l’apôtre de la Montagne et de Marat et que j’y professais les principes de mes frères les Jacobins. Un club fédéraliste de cette ville m’a fait l’honneur de me chasser de son sein [...][71] ».


Pierre Riel de Beurnonville

Arrestation à Nancy

Mais en mars 1793, sur le chemin de retour pour rejoindre l’armée et muni de certificats démontrant sa maladie, en halte à Nancy à vingt lieues où est cantonné son régiment, il apprend qu’il a été remplacé à son poste. Cet ordre fut donné par Beurnonville, nommé depuis le 4 février ministre de la Guerre en remplacement de Pache, à son successeur Ligneville. Selon Mazuel, cela est dû à l’opinion qu’avait le « traître Beurnonville » vis-à-vis des fédérés[72]. Sans affectation et attendant sa malle, il réside alors place Carrière chez son ami Bourgeois ayant précédemment quitté le bataillon des fédérés pour infirmités. Mazuel adresse un courrier, sans effet, à son commandant lui expliquant l’injustice de sa situation. Il réclame aussi ses appointements et cherche des appuis à Paris auprès de la Convention, pour qu’ils puissent intervenir en sa faveur[73]. Par un courrier datant du 6 avril, il sollicite aussi Claire Lacombe et par son entremise, les Jacobins pour le même poste dans un autre corps d’armée ou celui de commissaire des guerres dans l’intérieur de la République. Il lui indique sa préférence pour les départements du midi, mais aussi de penser à lui si une force armée se crée à Paris. Il lui précise : « [...] aucun de mes camarades ne peut me faire un reproche ; toute ma compagnie est bien faché que je ne soit plus à leur tête, mais il le voudrait que je voudrais pas vu sa mauvaise administration qui règne dans ce bataillon et l’injustice que l’on m’a faitte. »[74].

Parallèlement, il assiste assidûment aux réunions de la Société populaire de la ville, où il est un des éléments les plus radicaux[75]. Il y crée un incident qui lui vaudra plusieurs jours de prison.[76] Voici les faits :

Le 10 avril, Mazuel reçoit de la société l’autorisation de pouvoir y lire un discours le lendemain. Le jour dit, trouvant les portes closes, et souhaitant que séance soit tenue, il tente sans succès de contacter le président de la Société populaire qui ne répond même pas à un courrier. Mazuel prend alors de son propre chef la décision de tenir session pour pouvoir énoncer son discours et aussi obtenir un procès-verbal l’attestant. Afin que la procédure ne s’avère pas illégale, Jean-Claude Beaupré, assesseur du juge de paix présent au moment des faits lui conseille de consulter la Commune. Mazuel s’y déplace, mais sans succès, car aucune session n’est en cours à la municipalité. Il revient à la Société et estime alors que si le peuple est souverain, il peut se nommer un président et un secrétaire et ouvrir une séance de par lui-même. Selon Kuntz, tonnelier témoin présent, Mazuel « força Beaupré à présider, ce que ce dernier fait pour éviter le trouble ». Beaupré quant à lui indique qu’il n’accepta que lorsque Mazuel fut revenu en annonçant « le consentement de la municipalité ». Beaupré précise :

« Mazuel débita alors son discours, avant de monter à la tribune, il qualifia les membres de la société d’aristocrates, leur disant qu’ils ne méritaient pas le nom de citoyen ». Toujours selon Beaupré, Mazuel accusa aussi « les clubistes de cacher la vérité au peuple », et qu’il déclara « que le peuple était souverain et qu’on ne pouvait rien lui refuser ».

Dès le lendemain, Mazuel est dénoncé au Comité de surveillance par plusieurs personnes, dont Kuntz. On lui reproche d’être récidiviste ayant déjà souhaité monter le peuple contre la société en déclarant qu’elle se réunissait secrètement. Le 13, le Comité de surveillance décide que :

« Mazuel prévenu d’être un agitateur, sera arrêté et interrogé, pour ensuite être statué ce que de droit sur son délit au bureau de surveillance ». L’affaire est transférée au tribunal de police correctionnelle de Nancy. Le 14, un nouveau témoignage arrive à l’encontre de notre militaire émanant de Marin le jeune, commandant de la légion de Nancy. Il déclare que Mazuel « se permet des propos les plus incendiaires » qui risquent « d’occasionner le trouble », et que si vraiment il est patriote, sa place est aux armées. Le 15 avril au matin, le juge de paix et membre du Comité de surveillance, Jean-Baptiste Régnault après audition des témoins interroge Mazuel qui se déclare capitaine des fédérés des 83 départements, même s’il a appris « qu’il était illégalement remplacé ». Il précise qu’il séjourne à Nancy, car il attend une réponse d’un mémoire qu’il a adressé conjointement à la Convention et aux députés Anthoine et Levasseur en mission à Nancy.

En plus de la séance du 11 avril à la Société populaire, plusieurs témoins interrogés, dont Victor Guillermic commis, informent le tribunal que le 9 décembre dans un café ils ont entendu Mazuel :

« [...] se plaindre de la lenteur du tribunal criminel, que le peuple se trouvait dans la nécessité de se porter aux prisons, à l’imitation des citoyens de Paris, que le glaive de la loi devait se prononcer seulement sur toutes les têtes coupables et que lorsque les magistrats ne remplissaient pas leur devoir, ils forçaient le peuple à agir par lui-même, que Duquesnoy, administrateur des postes, était un grand coupable, ami de La Fayette[...] ».

Guillermic répondit à Mazuel que « [...] tant que le citoyen Duquesnoy avait rempli les fonctions de maire, il n’avait cessé de donner des preuves de civisme, et que si la commune de Nancy avait fourni son triple contingent, elle en était redevable à ses soins[...] ».

Après ces témoignages, le juge de paix déclare qu’« attendu que Mazuel, par sa conduite et ses discours, a troublé l’ordre social, nous l’avons renvoyé au tribunal correctionnel ».

Le 19 avril à l’issue de l’audience au tribunal de police correctionnelle, il est estimé que Mazuel est prévenu d’un délit « grave [...] en incitant, par son discours, de se soulever contre les autorités constituées et en préchant le massacre », l’affaire est donc renvoyée au tribunal de district. Le 24 avril Sonnini juge et directeur du Juré[77] interroge Mazuel qui fait profil bas. Tout étant élogieux envers Duquesnoy, notre révolutionnaire se défend d’avoir tenu des propos incendiaires. Concernant les massacres de septembre, il déclare que ce sont des « séances malheureuses » et qu’il faut davantage de lois pour éviter cela. Le délit dont est prévenu Mazuel « n’est point de nature à mériter une peine afflictive », et l’affaire est renvoyée à son point de départ, le tribunal de police correctionnelle. Elle se conclut le 29 avril à dix heures, Mazuel utilise une défense assez originale, il indique que :

« [...] né dans des départements méridionaux de la République où la chaleur du climat influe sur les sens, il a pu, dans ce climat ci, paraître trop chaud dans ses discours et ses déclamations, mais que son cœur et ses intentions sont, et ont toujours été purs [...]», et il précise qu’il « ne désire rien de plus ardemment que de voir renaître la paix dans toutes les parties de la France de la France ». La libération de Mazuel est ordonnée, mais il lui est « enjoint de rejoindre son corps et de partir dans le jour, sous peine d’être puni comme rebelle à la loi ».



Aide de camp de Bouchotte


Retour à Paris

À la fin avril 1793, Mazuel se trouve en position plutôt fâcheuse, mais de par certainement ses relations à Paris, et un concours exceptionnel de circonstances, sa carrière militaire rebondit. Début avril, Beurnonville en mission pour arrêter Dumouriez est fait prisonnier par ce dernier et livré le 2 avril aux Autrichiens ; et c’est l’ultra républicain Bouchotte qui le remplace le 4 du même mois. Bouchotte accusé de républicaniser les états-majors adresse sa démission à la Convention le 26 mai. Mais la chute des Girondins empêche l’exécution de cette démission. Bouchotte en juin renouvellera deux autres fois sa demande ; mais à l’été 1793 les rapports de force ayant changé, il est énergiquement soutenu notamment par les hébertistes.

Vers la mi-mai, Mazuel trouve un poste au ministère de la Guerre[78] ; et devient rapidement aide de camp du ministre. C’est en en tant que tel qu’il intervient aux Jacobins le 27 mai pour indiquer l’effervescence du faubourg Saint-Antoine :

« Vous ne devez pas ignorer que le peuple se lève et qu’il se lève en masse. Mon devoir exige de me porter dans tous les coins de la ville de Paris, d’écouter tout et de maintenir l’ordre. J’ai été dans le faubourg Saint-Antoine. Le peuple lisait avec indignation la réponse menaçante d’Isnard. Que faut-il faire ? Nous lever tous entiers (sic), entourer la Convention sans armes et lui demander si elle veut sauver le peuple. Je me suis rendu chez le ministre de la guerre ; il m’a chargé de me transporter auprès de la Convention pour lui rendre compte de ce qui se passait. Je m’y suis rendu. J’ai vu beaucoup de peuple à la porte du Comité des douze, laissant entrer tout le monde et ne laissant sortir personne. J’ai parcouru toutes les avenues de la Convention, et j’ai entendu le peuple dire : « Nous ne sortirons pas que la Convention n’ait déclaré si elle peut nous sauver, ou s’il faut que le peuple se sauve lui-même. »

Des hommes des sections se sont présentés pour défendre la Convention avec des fusils neufs, tandis qu’ils montent la garde avec des piques. Voilà mon camarade qui, comme moi, a refusé de s’armer contre le peuple. Je vous invite à nommer des commissaires pour aller dans les sections prêcher le patriotisme, écrire aux départements que Paris est tranquille et terrasser ce coquin d’Isnard, qui veut s’élever sur les débris du trône. Vous voyez que tous les départements vous contemplent, et qu’ils attendent de vous le salut de la République. (Grand tumulte.) [79]» Il semble que Mazuel participe activement à la chute des Girondins ; tous les historiens s’accordent à ce propos. Le 7 juin, il ne manque pas de régler ses comptes et d’indiquer aux Jacobins que Jean-Jacques Durand[80] maire de Montpellier est faible et s’est laissé « brissotiser[81]. » Le 13 août, il y appuiera la dénonciation d’un citoyen de cette ville et informe que « lui-même, ayant envoyé sous le cachet du ministre à sa femme des écrits révolutionnaires, elle fut arrêtée ainsi que son fils et souffrit un interrogatoire de deux heures, à la fin duquel on mit en question si elle n’était pas pendue [...]  [82]».


Lutte contre les fédéralistes de l’Eure

Mazuel ayant obtenu toute la confiance de Bouchotte, celui-ci envoie son aide de camp dans la lutte contre les fédéralistes de l’Eure[83]. Mazuel lui adresse des comptes-rendus empreints du républicanisme emphatique le caractérisant. Le 5 juillet, il se trouve ainsi à Saint-Germain-en-Laye où il y annonce le départ de 1800 hommes rejoints en chemin par de nombreux patriotes locaux[84]. Il participe aux combats de Vernon du 12 et 13 juillet. Pacy-sur-Eure sera pris le 17 juillet signant la fin de ce soulèvement dans ce département. Le même jour, Mazuel, de retour temporairement à Paris, y livre longuement le détail des opérations à la Convention et y reçoit les honneurs de la séance[85].



Annales patriotiques et littéraires de la France, et affaires politiques de l'Europe, 18 juillet 1793

Il continue de fréquenter les Jacobins. Ainsi le 19, il intervient pour dénoncer la lenteur de l’administration des transports[86]. Lors de la séance du 24, il est proposé pour remplacer un certain Moine[87] pour la défense officieuse d’un prisonnier nommé Gautier[88]. Mazuel émet la possibilité d’une libération sous caution. Dans un souci d’égalité vis-à-vis des citoyens pauvres l’intransigeant Robespierre le refuse. À la même séance, Mazuel veut évoquer le sort d’un militaire incarcéré à Cambrai suite à un ordre de Custine. Il est acté de lui faire nommer des défenseurs officieux et de remettre la lettre de ce militaire aux commissaires chargés de réunir les pièces contre Custine[89].

Le 29 juillet, il intervient à une séance tenue à l’hôtel de ville de Lisieux où il exhorte les habitants à ne pas soutenir les séditieux[90]. Mais, il est rapidement de retour à Paris où il est arrêté par la section de la Butte-des-Moulins. Le 9 août, un commissaire des Jacobins après avoir était chargé de questionner la section sur cette arrestation, revient annoncer qu’elle reconnaît son erreur et que Mazuel est en liberté[91]. Les raisons de l’interpellation ? Une altercation concernant des opinions politiques est très certainement plausible. Certains historiens y voient peut-être une première manœuvre de Fabre d’Églantine[92].


Prémisses de la Cavalerie révolutionnaire


Levée de 3 400 hommes de cavalerie

Fort de la confiance que lui accorde alors Bouchotte, Mazuel, effectue d’autres missions pour lui[93]. L’amitié que lui porte Vincent, l’influent chef de bureau au ministère de la Guerre[94], permet à Mazuel de gagner en importance. Le 14 août aux Jacobins, il donne lui-même lecture d’un arrêté du Comité de salut public du 3 août. Le Comité autorise le Conseil exécutif provisoire à lever trois-mille-quatre cents hommes de cavalerie[95]. Mille-vingt cavaliers seront à lever dans le département de Paris ; trois-cent-quarante dans celui de Seine-et-Oise (Yvelines) ; autant dans ceux de la Seine-et-Marne, de la Somme et de l’Oise ; cinq-cent-dix respectivement dans ceux de la Seine-Inférieure (Seine-Maritime) et du Loiret[96]. Comme l’écrira Mazuel dans un de ses placards, elle fut initialement créée pour le renfort de l’armée du Nord[97]. Le 15 août, Bouchotte de sa propre main nomme les chefs d’escadron de cette cavalerie[98], dont l’aide de camp Mazuel qui intervient ce même jour aux Jacobins :


« Vous avez juré tous une guerre à mort aux tyrans ; ce n’est donc qu’avec les armes que nous devons anéantir tous les satellites des despotes coalisés contre nous. La convention a déterminé la levée d’un corps dont le conseil exécutif m’a nommé le chef. J’invite tous les citoyens qui, avec le désir de servir la patrie, ont les qualités requises pour entrer dans ce corps, à s’adresser à moi, au bureau de la guerre [99] ».


Selon cette levée, Paris doit ainsi fournir six escadrons de cent soixante-dix cavaliers chacun. Ce sera une mission qui, si elle ne fut pas donnée officiellement à Mazuel, le fut certainement officieusement. Car notre officier se battra comme un beau diable pour parvenir à cet objectif quoiqu’il lui en coûte, et cela malgré les changements de décrets, et la difficulté de recrutement. Dans un brouillon de discours, on peut lire quelques lignes concernant cette cavalerie : « que ces six escadrons restent toujours unis, inséparables, telle qu’une famille nombreuse... ; pensez aux dangers toujours inévitables qu’entraînent les morcellements d’un corps bien organisé[100]... »

De par ses nouvelles fonctions, notre nouveau chef d’escadron « se met à administrer un véritable bureau de sollicitations et de distribution de places [101]». Il répond aux demandes nombreuses de sa famille et de ses amis de Lyon et de Montpellier[102]. Ainsi son beau-frère Laurent Delpech membre de la société populaire de Montpellier devient officier dans la cavalerie[103] ; tout comme Louis Seran son ami de l’Hérault[104], et Nicolas Thévenin, membre de la garde nationale de Nancy en 1790, mais aussi de la Société populaire de cette ville et recommandé par Glasson-Brisse.[105] Mais aussi par l’intermédiaire d’Aigoin, le général Goguet lui demande une lieutenance pour un Belge[106]. Des sollicitations proviennent même des plus hautes instances de la République. Ainsi des pères voient très certainement un moyen d’éviter à leurs fils de partir combattre aux frontières. C’est le cas d’Hippolyte Bourgois, âgé de 22 ans et fils d’un Conventionnel qui devient l’aide de camp de Mazuel[107]. Le 23 août sont désignés les officiers et sous-officiers de la 1ere compagnie du 1er escadron[108]. Le même jour, cet escadron commandé par Mazuel défile dans la salle des séances des Jacobins[109]. La presse relate le discours patriotique de Mazuel  lorsque le 28 août, la Convention leur octroie l’honneur supplémentaire d’y prêter serment :


« Représentants du peuple,


Vous voyez dans votre sein des républicains qui, au premier cri de la patrie en danger et d’après l’arrêté de votre comité de salut public, se sont empressés de s’enrôler dans la cavalerie pour voler où la gloire les appelle ; leur patriotisme est connu, ils aiment la subordination, et avec de tels principes nous sommes assurés de la victoire. Vous nous avez donné une Constitution qui fera notre bonheur, nous périrons pour elle. Nous partons et nous laissons nos mères, nos épouses et nos enfants sous la sauvegarde de la Nation française.

C’est à l’ennemi que nous marchons, c’est le fanatisme et la superstition que nous allons combattre ; c’est la tyrannie que nous devons anéantir, la liberté conquise qu’il s’agit de défendre ; c’est la patrie enfin qu’il faut sauver.

Partout le danger nous menace, partout les pièges sont semés sous nos pas ; des despotes coalisés, oppresseurs de l’humanité gémissante, des esclaves dont nous avions brisé les chaînes, mais que la nature avait formés trop vils pour savoir apprécier un aussi grand bienfait, des prêtres menteurs dont le dogme n’est qu’imposture, dont la mission n’est que chimère, dont l’empire n’est fondé que sur la crédulité des femmes, la faiblesse des hommes et l’ignorance des peuples. Voilà nos adversaires.

Ils ont réuni toutes leurs forces pour nous accabler ; et leurs forces, jusqu’à présent, n’ont été que la trahison renouvelée dans tous les sens, reproduite sous toutes les formes, l’intrigue basse et rampante, la séduction trop puissante de l’or, le secours du poison, le tranchant des poignards et la torche de l’incendie... voilà leurs infâmes moyens.

Et nous céderions à ces lâches antagonistes, et nous ne déjouerions pas leurs infâmes complots ? La perfidie, il faut avouer, a triomphé souvent malgré tous nos efforts ; nous avons vu nos frères, quelle que fût leur vaillance, tomber sous les glaives que les Lafayette, les Dumouriez, tant d’autres scélérats ont amoncelés sur leurs têtes ; mais les traîtres sont connus, mais leur supplice s’apprête, mais de véritables Français, de vrais républicains les remplacent, il nous reste contre nos adversaires notre nom qui n’est point encore avili, la bonté de notre cause, la farce, le courage, l’audace et la patience.

L’univers a les yeux sur nous, partout il existe des philosophes, des sages, des hommes nés pour la liberté ; leurs cœurs forment en secret des vœux pour le succès de nos armes, c’est leurs suffrages que nous devons mériter, c’est l’estime du monde entier qu’il dépend de nous de perdre ou d’obtenir. Quelle honte pour nous si nous recevions des lois les armes à la main ; qu’elles seraient dures ces lois ; qu’il serait humiliant le joug appesanti sur nos têtes !

Les Français, dirait-on, ont voulu la liberté ; quatre ans ils ont combattu pour elle ; quatre ans ils ont bravé les puissances de l’Europe liguées contre leur empire ; ils ont vu tomber autour d’eux leurs frères égorgés, ils ont enduré des privations sans nombre, des fatigues plus qu’humaines, tous les besoins, tous les fléaux réunis, et, lorsqu’ils touchent au moment de recueillir le fruit de leurs travaux, alors que par un grand et dernier effort ils peuvent étonner la terre, triompher de leurs ennemis et briser les fers des peuples asservis indignes des Grecs et des Romains qu’ils ont osé prendre pour modèles, fatigués d’un moment d’énergie, succombant sous un effort au-dessus de leurs forces ils ont baissé les armes, ils ont fléchi le genou, et, comme de vils esclaves, tendu les mains aux chaînes que dès longtemps forgeaient les tyrans.

Non, Français, vous n’oublierez pas qui vous êtes, vous vous ressouviendrez du rôle imposant que vous avez joué sur la scène politique, vous entendrez le cri du sang de vos frères morts pour cette cause si belle que l’on voudrait vous faire abandonner, un noble orgueil va parler à votre âme, que dis-je, le feu du courage brille déjà dans vos regards, vos mains brûlent de s’armer du glaive sous qui doivent tomber les despotes et leurs esclaves. Français, je vous reconnais, vous vous levez, vous combattez, et vos ennemis mordent la poussière ; les tyrans disparaissent, la liberté triomphe et c’est aux républicains de la France que l’univers doit le retour de la paix et du bonheur. «Signé : Mazuet (sic), chef d’escadron[110]. »



Pendant ce temps, le 27 juillet, Levasseur de la Sarthe représentant du peuple près l’armée du Nord avait adressé à la Convention un courrier indiquant :

« Nous avons vu avec peine que des régiments de hussards et de chasseurs,

qui ont fait la dernière campagne avec gloire, avaient 4 à 500 hommes hors de service, faute de chevaux et d’armes, tandis que des corps nouvellement formés ne manquent de rien. Ces braves hussards de Chamboran ont 400 hommes qui ne sont ni montés ni équipés, nous avons adressé au comité de Salut public un projet qui nous paraît très propre à augmenter promptement notre cavalerie».

Toujours à la Convention, le 29 août, Saint-André annonce que le Comité de salut public dont il est membre s’occupe avec activité de la cavalerie et que « les braves hussards de Chamboran seront bientôt remontés[111] ». Et deux jours plus tard, le même Comité de salut public charge l’aide de camp du ministre de la Guerre, Mazuel, de cette mission. Pour cela, il doit se rendre à Châlons-sur-Marne afin de vérifier l’état dans lequel se trouve le dépôt du régiment de Chamborant. Il est aussi chargé de vérifier à Château-Thierry, l’équipement des hussards en garnison et d’en faire rapport au Comité[112]. Il en résulte que le 8 septembre le 2e escadron de dragons levé par Mazuel, sous la surveillance de Bouchotte, ministre de la Guerre, est introduit dans la Société au son des trompettes. Royer, leur porte-parole exprime leur désir de vivre et de mourir pour la République, et de combattre jusqu’au dernier soupir sous leurs drapeaux pour le maintien de la liberté[113].


Durant ce même mois d’août, Collot d’Herbois et Isoré sont missionnés dans l’Oise pour le ravitaillement de Paris[114]. Un mois plus tard, ils nomment Girard commissaire du pouvoir exécutif chargé du réquisitionnèrent des grains[115] avec la création d’un Comité de surveillance pour protéger cette réquisition. Les Sociétés populaires du département et particulièrement celle de Beauvais ont pour rôle de donner l’accent de la pensée révolutionnaire et vérifier la bonne marche des événements[116]. Pour faciliter cette réquisition, un détachement de cavalerie est sollicité par Collot d’Herbois et Isoré[117]. De ce fait, donc le 1er escadron arrive à Beauvais dès la fin août[118] ; et le 10 septembre, le second bataillon de dragons présenté comme tel l’avant-veille aux Jacobins par Mazuel gagne aussi la préfecture de l’Oise[119]. Le 19 septembre, lorsque les autorités municipales effectuent le décompte des forces militaires présentes dans la ville, elles désignent ces cavaliers les « 2 escadrons Mazuel » les différenciant des deux « escadrons Froissard et Brincourt » que l’Oise devait fournir[120].

À son arrivée avec le second escadron Mazuel se présente alors à la séance du Conseil permanent du district de Beauvais pour s’enquérir de possibles plaintes formulées contre ses cavaliers. Ladite administration répond par la négative et lui offre son aide dans sa mission[121]. Quant aux cavaliers, aussitôt parvenus à destination, ils s’inscrivent en nombre à la Société populaire tenant séance à l’église des Ursulines de Beauvais[122]. Au nom de ses hommes, Mazuel, propose « d’accélérer par leurs travaux, l’arrangement de ce temple ». Ils engagent alors la société populaire dans une ligne directrice plus radicale et anticléricale[123]. Ils sont aidés en cela par Armand Hubert Leclerc lui aussi envoyé dans l’Oise[124].


Officialisation de l’Armée révolutionnaire

Demandée notamment pas Robespierre, Hébert, Léonard Bourdon…, le 5 septembre, Chaumette présente à la Convention le décret de la création de l’Armée révolutionnaire « destinée à comprimer les contre-révolutionnaires, à exécuter partout où besoin sera les lois révolutionnaires et les mesures de salut public qui seront décrétées par la Convention nationale et à protéger les subsistances. » Il est aussi indiqué que les « les six escadrons qui doivent être formés par le département de Paris continueront d’être levés et feront partie de l’Armée révolutionnaire. » [125]


Cavalier et blessé en uniforme d'époque révolutionnaire Jean Duplessi-Bertaux, musée Carnavalet


Mazuel, patriote avancé, voit là soit une opportunité de rester aux abords de Paris, soit se trouve déjà impliqué dans l’organisation de cette armée au Ministère de la Guerre. Ainsi, lorsqu’il se présente avec les hussards, il leur fait demander de composer l’avant-garde de l’Armée révolutionnaire[126]. Demande qui ne peut qu’être acceptée, vu la rapide nécessité d’une force armée dans la réquisition des subsides.

Et c’est dans le même sens, que 12 septembre, accompagné d’officiers de la cavalerie, il propose à la Société populaire de Beauvais une adresse destinée à la Convention. Il demande que les deux escadrons de la cavalerie commandés par Froissart et Brincourt soient incorporés dans le corps révolutionnaire. Il obtint gain de cause pour la rédaction de cette pétition, même si certains objectent que normalement cette levée est destinée à la défense des frontières. Mais les autorités constituées du département refusent énergiquement cette pétition lorsqu’elle leur est présentée, argumentant que le département de l’Oise serait alors obligé de lever deux nouveaux escadrons[127]. Ce refus est aisément accepté par la Société populaire[128]. Les chefs de la Cavalerie révolutionnaires imputent cet échec à la non-assiduité des cavaliers[129]. Et, afin que cela ne se reproduise plus, Mazuel menace même de prison les militaires absentéistes aux séances de la société[130].

Les ennuis s’accumulent pour Mazuel, car à la séance du 15 septembre des Jacobins, un membre le dénonce :

« Il est bien essentiel d’apprendre à la société que les patriotes sont trompés par les patriotes même. Je dénonce Mazuel que vous avez nommé chef d’escadron d’un régiment de cavalerie, levé par les ordres et sous la surveillance du ministre de la guerre. Un lieutenant-colonel du régiment des ci-devant hussards de Chamboran était dimanche dernier dans sa chambre. Mazuel lui dit qu’il allait changer d’uniforme. Eh ! pourquoi ? demande le colonel. C’est la loi, répond Mazuel. Je me moque de la loi, répondit l’officier des hussards, et de la convention, elle n’est pas faite pour faire la loi aux hussards de Chamboran. Je rencontrai Mazuel à la sixième division, et lui demandai comment il avait pu souffrir un tel propos. Que vouliez-vous que je fasse ? me dit Mazuel. Je ne suis pas un chef d’escadron, répondis-je à Mazuel, mais si l’on m’eût tenu, face à face, un pareil propos, j’aurais écrasé la tête à celui qui en aurait eu l’audace. L’officier a rejoint ; Mazuel lui-même est parti, et je dénonce ce fait, bien plus important qu’on ne pense, que j’eusse dénoncé dans la séance dernière, si j’eusse pu obtenir la parole. Je demande que le ministre de la guerre soit engagé à destituer le lieutenant-colonel des hussards de Chamboran, et à rappeler Mazuel, pour lui faire au moins une mercuriale sur la faiblesse qu’il a montrée dans cette occasion. L’assemblée arrête qu’on fera prier le ministre de la guerre de faire arrêter les deux dénoncés, afin de prononcer avec connaissance de cause sur la nature du délit »[131].


Mazuel n’étant pas ce jour à Paris ne peut se défendre immédiatement. Ce qui est bien fâcheux pour lui, car la constitution de l’état-major de cette armée décidée par le ministère de la Guerre doit être prochainement actée. Malgré tout, le 17 septembre, lorsque le conseil exécutif provisoire du comité de salut public désigne cet état-major, il y apparaît bien :

« Ronsin, général de brigade à l’armée des cotes de Cherbourg, Parein, général de brigade à l’armée de la Vendée, Mazuel, adjudant général, chef de brigade, Houssaye, adjudant général. Chef de bataillon à l’armée du Nord, Mauban, adjudant-général, chef de bataillon.[132]»


Le recrutement de la cavalerie opéré sous l’égide de Mazuel s’avère également être régulièrement un argument contre les Exagérés. Il est vrai que notre révolutionnaire ne s’embarrasse pas d’une réelle procédure de recrutement, si l’on en croit certains témoignages[133]. Il est reproché de manière récurrente qu’elle soit le repaire de nobles[134], de prêtres et de déserteurs d’autre corps d’armée[135]. Il faut préciser qu’elle doit répondre à des missions, notamment dans l’Oise avant même son officialisation. Et donc, à défaut de pouvoir compléter les six escadrons avec des cavaliers aguerris, des particularités physiques demandées et à la vue de la durée de formation Mazuel souhaite pouvoir recruter de jeunes hommes de la réquisition et destinés à combattre initialement aux frontières[136]. Cette volonté d’amalgame est régulièrement combattue. De plus, de réelles différences d’opinions politiques existent entre les officiers et sous-officiers, révolutionnaires convaincus et les jeunes cavaliers recrutés surtout selon leurs tailles[137].


Gazette nationale ou le Moniteur universel, 30 septembre 1793

Validation de l’état-major de l’Armée révolutionnaire par les Jacobins

Le 25, aux Jacobins, Dufourny trouve qu’il est urgent de connaître le nom des chefs de cette armée, le sort de la patrie en dépendant. Cette liste est alors rendue publique. Néanmoins avant d’être actée définitivement, il est décidé que les officiers passeront à la censure des Jacobins[138]. Et, lorsque le 27, jour où ces derniers étudient ces nominations, le 3e escadron levé par Mazuel se présente, trompettes en tête et défile devant l’assemblée, leur ardeur est admirée et ils sont applaudis. L’orateur de l’escadron prie les Jacobins de leur donner des défenseurs officieux pour obtenir de la Convention une modification de la loi de la réquisition afin d’obtenir la permission d’y lever de quoi compléter ce corps[139]. Les Jacobins affirment que la Convention étudie la question. L’orateur de l’escadron indique également que Mazuel a chassé de leurs rangs les muscadins n’étant pas dignes de se trouver parmi de vrais sans-culottes. Mazuel atteste ces faits et se défend de l’inculpation portée en ces mêmes lieux contre lui. Il indique avoir dénoncé ledit officier qui depuis est arrêté et emprisonné. Ensuite, il présente l’argument que l’apprentissage pour devenir cavalier étant long et difficile, il ne peut être recruté des cavaliers que dans la réquisition[140]. De plus, il précise que plusieurs de ses cavaliers sont des porteurs d’eaux et n’ont donc que d’autre subsistance que leur solde de 15 sous 4 deniers par jour, trop peu pour vivre décemment.

Toutefois, malgré ce décorum et ces argumentations, lorsqu’arrive l’ordre du jour des nominations de l’état-major de l’Armée révolutionnaire, celle de Mazuel au poste d’adjudant-général n’est pas sans susciter des débats. En effet, Blanchet, ex-commissaire civil envoyé auprès de l’armée des Alpes, met en doute ses compétences militaires[141]. Léonard Bourdon[142], arguant que c’est moins les talents que le patriotisme qui sont nécessaires aux chefs de cette armée demande à Blanchet s’il a d’autres griefs, ceux-ci seuls ne suffisant pas à la non-nomination de Mazuel. Blanchet met alors en cause son patriotisme. Selon lui, lors de son altercation avec l’officier des chasseurs des Ardennes le 11 de ce mois, Mazuel n’a pas eu le courage de lui brûler la cervelle ! Sijas, chef des bureaux du ministère de la Guerre, prend alors sa défense[143]. Mais, à la vue de l