Les 40 éléphants, gang féminin

Image : Lilian Rose Kendall, voleuse à la voiture bélier Connaissez-vous les "40 éléphants", gang féminin de voleuses à l'étalage ? voici en résumé l'histoire de ces femmes hors la loi.

Tout d'abord, précisons qu'avec l'apparition des étals et des vitrines permettant aux commerçants de mieux attirer le chaland est apparu aussi une nouvelle forme de délinquance, le vol à l'étalage ou shoplifting en anglais.

Image : Shop lifter detected (British Museum - libre de droit) Et, même si certaines voleuses de haut vol sont restées dans les mémoires anglaises, comme Moll King ayant été incarnée sur grand écran par Robin Wright dans le film "la sordide histoire de Moll King" ; les journaux en Grande-Bretagne et en Amérique ont développé une fascination toute aussi grande pour les Quarante Éléphants, un gang de voleuses à l'étalage considérées comme des aristocrates du crime. Ce gang a sévi durant plus de deux cents ans, mais sa période de "gloire" fut de la fin du XIXème jusque dans les années 50 et avec une toute puissance dans l'entre-deux-guerres. Leur nom fut cité pour la première fois dans un journal en 1873, mais selon les archives policières le gang existait certainement bien avant. Elles furent d'abord les compagnes ou mêmes comparses des membres du gang Forty Thieves (du même nom que le célèbre gang New-new-yorkais). Le gang londonien devint rapidement, de par sa situation géographique "l'Elephant gang" célèbre groupe de coupe-gorge du sud de la Tamise. Sous l'impulsion de Mary Carr, alias Mary Crane, elles ont créé leur propre association de malfaitrices spécialisées dans le vol à l'étalage ; Mary Crane qui fut occasionnellement un modèle pour artistes peintres, était décrite comme ayant « une silhouette excessivement fine et « un tact et une capacité inhabituelle ». Étant elle-même the Queen Thief, elle organisa ce gang et exigea la loyauté de tous ses membres ainsi que des receleurs. Mais on dit aussi que leur nom pouvait venir de leur démarche alourdie par leur butin caché sur elles, ou aussi " d 'elephant and castle district", un quartier londonien au sud-est de la Tamise où elles avaient un pub comme Q.G.

Image : Mary Crane Leur modus operandi était d'arriver par deux ou trois dans un grand magasin ou une bijouterie de luxe. Grandes, belles et élégamment vêtues avec des airs des classes supérieures nécessaires pour mettre les vendeurs à l'aise. Suivant une tactique quasi militaire, l'une d'elles créait une diversion en jouant la cliente difficile quitte à provoquer un esclandre, tandis que les autres dissimulaient des vêtements de très bonne facture, des bijoux de luxe et autres colifichets de qualité. En effet, à l'époque Victorienne, les robes à crinolines, les manchons et autres bloomers pouvaient cacher aisément le fruit du butin grâce à des fentes et des poches secrètes. Elles pouvaient aussi arriver par" bandes de sauterelles" (on les surnommait aussi les "Amazones"  ou les "filles rugissantes") comme un détective du début du vingtième l'a décrit, transformant le magasins en champs de bataille, s'égayant de toutes parts après l' avoir mis à sac. Et de par leur nombre, elles ne pouvaient toutes être poursuivies par le personnels de sécurité du magasin ou la police. Dès les années vingt, elles utilisaient aussi des automobiles puissantes pour échapper à la police mais aussi pour parcourir le pays, en ciblant des magasins et des entrepôts. Elles savaient se débarrasser rapidement de la marchandise volée transmise à des complices pour, en cas d’arrestation, n'avoir aucunes preuves sur elles. Utilisant aussi régulièrement le train, elles entreposaient le fruit de leur butin dans des valises déposées préalablement à la consigne. Afin de ne pas se faire prendre, elle ne s'affichaient jamais avec des objets de leurs larcins préférant vendre les vêtements à des magasins peu scrupuleux de la banlieue, et les bijoux à des prêteurs sur gages. Elles profitaient des ressources de leurs méfaits pour vivre un train de vie glamour égal à celui de la jeunesse dorée anglaise des années folles en organisant de somptueuses fêtes et en se parant de vêtements les plus chers. Leur grande période d'influence fut entre les deux guerres lorsque les gangs concurrents et masculins devaient leur verser un tribut pour exercer leurs illégales activités sur leur territoire. En effet, elles n'hésitaient pas à en découdre physiquement avec les autres gangs londoniens qui les craignaient. Et gare à celui qui exerçait sans leur accord, il pouvait être battu, séquestré et rançonné ! 

Image : Alice Diamond La plus connue de ses cheffes fut Alice Elisabeth Black, alias "Diamond Annie". Son surnom venait du fait qu' elle avait à chaque doigt une bague en diamant qui lui donnait un coup de poing légendaire lors de bagarres ! "Diamond Annie" , d'une grande intelligence et d'une grande élégance a régné avec une autorité absolue sur le gang dans les années vingt et trente , secondée par Maggie Hill et  Gertrude Scully entre autres... Victimes de son succès et trop connue des équipes de sécurité des grands magasins, elle servait d’appât, en étant suivie à la trace dans les magasins tandis que ses comparses profitant que les regards soient braqués sur l'une d'elles pouvaient œuvrer tranquillement. Malgré tout, à cause de leur notoriété, elles furent obligées de migrer dans les quartiers suburbains et de se diversifier. Par exemple, elles pouvaient se faire engager comme domestiques sous de fausses recommandations auprès de riches familles, et de profiter de leur absence pour mettre à sac leurs somptueuses propriétés. Elles pouvaient aussi se spécialiser dans le chantage auprès d'aisés bourgeois ayant succombés  à la tentation. Le gang perdura jusque dans les années cinquante, avec rotation des membres, les plus âgées vite remplacées par de jeunes et jolies venant des classes basses de la société, tout cela  à une époque où l'ascenseur social en Angleterre était quasi impossible pour une femme. La dernière reine connue fut Shirley Pitts décédée en 1992 et qui, même si elle avait raccroché depuis longtemps, aurait été enterrée avec une robe de Zandra Rhodes de 5000 livres sterling...non payée ! Les tabloïds anglais ont rapporté la réaction de la créatrice qui a déclaré que "c'était un honneur" !

Image : Shirley Pitts

Pour aller plus loin : Une BD : Les quarante voleurs -dotties aux doigts de fée -Kid Toussaint et Virginie Augustin -2017-Bamboo éditions Deux livres en anglais : Annie Diamond and the forty Elephants - Brian MacDonald - Milo books Ltd- 2015 Gone shopping the story of Shirley Pitts, queen of thieves-  Lorraine Gamman -Bloomsbury editor- 2014

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