Lorsque le général d'Empire Rivaud de la Raffinière et l'ex-conventionnel Auguis faisaient affaire


Il y a une bonne vingtaine d’années, en flânant place Viarme à Nantes, où des brocanteurs déballent leurs marchandises tous les samedis matin ; mon regard fut attiré par un carton rempli de vieux papiers. C’était très certainement un vide-maison effectué par le professionnel et en feuilletant ces documents, s’avérant  de prime abord fort peu intéressants, une liasse de vieux papiers regroupés attira toutefois mon regard. Un patronyme me semblait familier, Rivaud de la Raffinière. En effet, cette vieille famille poitevine donna un général de division républicain ayant son nom sur l’Arc de Triomphe. L’autre nom, Auguis ne me semblait pas non plus complètement inconnu. En parcourant succinctement les documents achetés, il s’avérait que c’était un contrat de vente entre le général d’Empire et le dénommé Auguis ex-conventionnel. Le prix demandé par le brocanteur étant assez ridicule, la liasse changea donc de mains. Et après avoir consulté ces papiers avec intérêt et avoir vérifié que les minutes des notaires cités étaient bien déposées en Archives départementales, ces documents rejoignirent les archives personnelles où se trouvaient déjà les correspondances d’ancêtres poilus, de vieux calepins de compte du début du XXe, des minutes d’actes de vente et de successions familiales… Il y a quelques semaines, après un tri salutaire, cette liasse se rappela à mon bon souvenir, et venant de terminer plus de six mois de recherches sur l’Enragé Jean Théophile Victoire Leclerc[1], je fus plus qu’intéressée par des hommes ayant connu une carrière autre durant la Révolution. En fait, ce n’était pas réellement des minutes de notaires, mais les pièces annexes d’une vente consentie par Olivier Rivaud général de division à Pierre Jean Baptiste Auguis de toutes les propriétés du premier situées dans la commune de Verrines[2] arrondissement de Melle dans le département des Deux-Sèvres.

Profitions de ces documents pour faire plus amples connaissance avec les signataires de ces documents :  Pierre Jean Baptiste Auguis naquit le 19 octobre 1747 à Melle dans ce qui allait devenir le département des Deux-Sèvres.[3]

 Image : Acte de naissance de Pierre Jean Baptiste Auguis en 1747 (Ad Deux-Sèvres registres paroissiaux de Melle paroisse Saint-Hilaire et Saint-Savinien 1miec71 r225) Quant à Olivier Macoux Rivaud de la Raffinière, onzième enfant de Jean-Charles et d'Élisabeth Rivaud une famille de la magistrature de la sénéchaussée de Civray,[4] il vit le jour le 10 février 1766, à une bonne trentaine kilomètres de là, à Civray[5] dans ce qui n’était pas encore la Vienne.

Image : Acte de baptême d’Olivier Macoux[6] Rivaud en 1766 (Ad de la Vienne registres de Civray paroisse de Saint-Nicolas 9E92/2) Ces deux personnages issus de la bourgeoisie de robe poitevine ont chacun connu une carrière hors du commun.

Image : extrait de carte avec aperçu des deux lieux de naissance


Pierre Jean Baptiste Auguis Pierre Jean Baptiste Auguis était fils de Pierre René juge royal en chef civil et criminel, commissaire enquêteur et examinateur de la prévôté royale de Melle depuis 1751. Après avoir achevé ses études à Poitiers, il servit dans les dragons du régiment de Laval Montmorency et devint capitaine[7], mais quitta assez rapidement l’armée pour succéder à son père comme juge.[8] Lors de son mariage en 1779[9], il était indiqué sur l’acte «Conseiller du roy, lieutenant général civil et criminel commissaire examinateur au siège royal de Melle ». En 1803, date de la vente précitée, il séjournait à Paris, 12 rue des Petits Augustins faubourg Germain[10] comme indiqué sur la 5e pièce de la liasse :

En effet, il avait adhéré à la cause révolutionnaire et était devenu président du tribunal du district en 1791. Puis, du 4 septembre de la même année au 20 septembre 1792, il fut élu député des Deux-Sèvres à l’Assemblée législative ; c’était un modéré proche du club des feuillants. Entre le 5 septembre 1792 et le 26 octobre 1795 en tant que centriste, il siégea à la Convention nationale au sein de la Plaine, groupe plus sûr que celui des Girondins. Il ne vota pas la mort de Louis XVI, mais sa réclusion et son bannissement à vie. En mars 1793, Il fut envoyé avec Cara[11] en mission comme commissaire en Vendée et en Deux-Sèvres[12] afin de surveiller le recrutement pour faire suite à la levée des 300 000 hommes. Puis, auprès de l’armée des côtes de La Rochelle, il assista à la bataille de Fontenay-le-Comte le 16 mai 1793, après avoir fait acheminer des secours des Deux-Sèvres et aidé à l’organisation de la défense de la ville. Il essaya en vain de soutenir le général Quétineau accusé d’être le responsable des défaites de Bressuire et Thouars et resta à Niort jusqu’à fin juillet 1793. Après sa mission, de retour sur les bancs de la Convention, il se fit discret durant la mainmise des Montagnards sur l’assemblée même s’il ne partageait pas leur politique en Vendée. Le jacobin poitevin Piorry[13] disait de lui : «(...) Nous siégeâmes à côté l’un de l’autre (N.D.A : Ingrand[14]) à la Législative et à la Convention sur un des hauts bancs de la Montagne. Au centre du Marais, il y avait un noyau d’individus qui blâmaient tout ce que nous décrétions sur la Vendée. Auguis, Cochon, les Goupilleau, etc. étaient de ce nombre. Un jour, excédé du lourd verbiage d’Auguis, dont nous traduisions le nom en latin par Anguis, je lui criai de la Montagne : Te tairas-tu, foutou crapaud du Marais ! Je lui fis une peur de tous les diables, et il s’assit (...) ».[15] Le 9 thermidor, Auguis participa à la chute de Robespierre. « Montagnard réacteur »[16] c’est-à-dire un Antirobespierriste convaincu, il fut envoyé par décret du 26 août 1794 à Marseille avec Serres pour épurer toutes les administrations des robespierristes (il adressa de nombreux rapports sur cette mission).[17] Cela entraîna un début d’émeute le 26 septembre qu’il aida à réprimer au péril de sa vie : « Arrivés à Aix, nous commençâmes à connaitre les monstres qui gouvernaient le Midi et le tenaient sous l’oppression de de la terreur et du crime insolent… Dix députés de la Société de Marseille, armés chacun d’un sabre et de deux pistolets, vinrent nous faire insollement, que nous ne devions rien faire que par les avis et sous la surveillance des sociétaires. L’indignation fut notre réponse. Ils signalèrent leur séjour par une audace sans exemple, mirent le trouble dans cette commune, forcèrent un poste et retournèrent à Marseille, où ils déclamèrent avec arrogance en pleine Société sur ce qu’ils ne nous avaient pas trouvé toute la docilité qu’ils exigeaient des Représentants qui osaient venir dans les murs ».[18] Rappelé à Paris le 19 novembre 1794, il fut élu secrétaire de la Convention le 6 janvier 1795.  Entré au Comité de sûreté générale dont il en est un des membres les plus réactionnaires, il participa le 12 germinal an III (1er avril 1795) à la répression de l’insurrection populaire des sans-culottes réclamant du pain et l’application de la Constitution de l’an I. Et lorsqu’accompagné de quelques hommes il parcourait Paris pour y rétablir l’ordre, il fut blessé au Panthéon.[19] [20]Puis, il fit de même  lors de l’insurrection du 1er prairial an III (20 mai 1795) en libérant, sabre à la main, avec Legendre et les sections[21] la salle des séances envahie par les émeutiers : « (…) comme dans toutes les circonstances, la Convention s’était constituée en permanence. Pichegru, arrivé par hasard à Paris, fut nommé général en chef, avec Barras, Merlin de Thionville et Auguis pour adjoints. Le rappel fut battu dans toutes les sections. La garde nationale, dont on avait expulsé les patriotes, se rassembla sous les ordres des commissaires de la Convention. On vit Paris divisé en deux nations : d’un côté le peuple et de l’autre la bourgeoisie. Le peuple toujours patriote, mais sans chef, sans armes, partant sans influence véritable, et la bourgeoisie toute concentrée dans ses intérêts égoïstes, la bourgeoisie armée et conduite par des chefs redoutables (…) »[22] Un érudit poitevin de la fin du XIXe écrira sur le sujet : « La convention était envahie par les hordes révolutionnaires ameutées par la montagne, le président Boissy-d’Anglas venait de voir tomber le député Feraud, assassiné sous ses yeux pour avoir voulu le défendre, l’ère funeste des massacres allait donc se rouvrir lorsque Auguis arrive à la tête des sections, refoule et rejette hors de la salle des séances la tourbe qui la souillait et rend à la Convention sa liberté. » [23] Ensuite, Auguis fut chargé de poursuivre et de désarmer les insurgés du Faubourg Saint-Antoine. [24] Le 6 juin 1795,  il fut renvoyé en mission  auprès de l’Armée des Pyrénées occidentales et cela jusqu’à la fin de la session. Lors des réélections de la même année, Auguis fut désigné au Conseil des Anciens, où le 17 brumaire an V (7 novembre 1796), il fit adopter par le Conseil la résolution qui portait à 1 200 le nombre de grenadiers composant la Garde de la Représentation nationale.[25] Il sera nommé secrétaire du Conseil le 21 avril 1798 : « Les quatre secrétaires, élus aussitôt après, sont Duval, de la seine-inférieure, ancien ministre de la police, Chatry-Lafosse, du Calvados, Dauphole, des Hautes-Pyrénées, et l’ancien conventionnel Auguis, des Deux-Sèvres. Luis aussi est un “indulgent” : ses moyens intellectuels et oratoires sont loin d’être grandioses, mais on assure qu’il a un courage fou quand il pleut du feu »[26]

Puis, en mai de la même année, grâce à ses fidèles électeurs du mellois, il fut élu au Conseil des Cinq-Cents au sein duquel il siégea avec la majorité modérée. À cette époque, il se fit surtout remarquer en s’opposant à la proposition de Jourdan du 24 vendémiaire an VII (16 octobre 1799) de déclarer la patrie en danger en disant : « que, lorsqu’avant le 10 août 1792, l’assemblée législative avait rendu un décret semblable, son dessein avait été de renverser le trône ; qu’il avait personnellement participé à ce décret, dans l’intention de concourir à ce résultat ; mais que les temps n’étaient plus les mêmes, et qu’il y aurait de l’imprudence et presque de la trahison à appliquer aujourd’hui au gouvernement directorial, qu’il s’agissait de maintenir, des mesures qu’on n’avait adoptées, à l’égard de la monarchie, que dans l’intention de la détruire. »[27] Il est vrai que depuis le retour de Napoléon de la campagne d’Egypte, il semblait se rapprocher de ce dernier et de son frère :

Image : Coup d'État du 18 Brumaire dans l'Orangerie de Saint-Cloud « Dès les premiers jours de sa rentrée à Paris l’élite des Conseils environna Bonaparte sous la direction de Lucien que l’on nomma tout exprès à la présidence des Cinq Cents ; on voyait là Auguis, Bailleul, Béranger, Bodin, Boulay de la Meurthe, Cabanis, Cacault, Chénier… »[28] Auguis était présent à Saint-Cloud lors du coup d’Etat du 18 brumaire, et en 1799 : « ne s’y étant pas montré contraire à Bonaparte, il fut appelé aussitôt dans le nouveau corps législatif ».[29] Ce corps remplaçait le Conseil des Anciens et était chargé de voter les lois délibérées devant le Tribunal.[30] Il y devint secrétaire le premier janvier 1800 et y fut réélu deux fois. Donc en 1803, date d’une partie des documents trouvés, Pierre Jean Baptiste Auguis en tant que bonapartiste est un représentant des Deux-Sèvres au Corps législatif. Lors de la transaction avec Rivaud de La Raffinière, Auguis achète à ce dernier des propriétés mises en fermage et générant des revenus réguliers. Il semble qu’arrivé à la fin de sa vie, s’étant enrichi, il veut assurer de futurs revenus pour son épouse et ses enfants.



5e pièce E Entre les Soussignés le Citoyens ollivier Rivaud Général de division actuellement à paris hôtel de Nîmes rue grenelle honoré d’une part Le citoyen Pierre Jean baptiste auguis Législateur demeurant rue du petit augustin n° 12 faubourg Germain division de l’unité d’autre part. ont été faites les conventions qui Suivent. Le citoyen Rivaud a par Ces présentes vendu cédé et délaissé avec toute garantie expresse ce titre de propriété et a perpétuité au (renvoi) citoyen Auguis lui et les Siens tous les domaines quelconques qu’il a dans la commune Verinnes arrondissement de melle Département des Deux sèvres Consistant dans une métairie appartenances et dépendances Située au village du luc tels qu’en Jouit le nommé quintard fermier actuel. Dans une borderie exploitée par le nommé papot Située Commune de Verine une autre borderie sisse au dit lieu affermée au nommé Benest enfin dans la maison ci devant curiale celle affermée a Mérigean tous les dits objets avec toutes leurs appartenances et dépendances et lots qu’en Jouissent les fermiers actuels pour par le dit acquéreur entre en Jouissance du tout dès ce moment et recevoir des Fermiers les prix des fermes qui Echoiront le Sept vendémiaire prochain an 12. L’acquéreur entretiendra les baux affermés faits par le vendeur Si mieux n’aime indemnisé les fermiers Suivant les lois et usages. Le prix de la vente est de vingt huit mille deux cent livres tournois Savoir douze Cent livres payé Contant Sept mille livres payables sous six mois sans intérêt et les vingt autres mille livres payables  par moitié savoir dix mille livres le Sept vendémiaire an treize et les dix autres mille livres le Sept vendémiaire an quatorze. L’intérêt ne sera payé par l’acquéreur à Cinq pour cent sans Retenues et il commencera à compter du Sept vendémiaire an douze l’acquereur pourra se liberer plus tôt et avancer ses payements S’il lui est possible et le vendeur ne pourra s’y refuser. Et il sera remis à l’acquéreur sous un mois toutes les fermes titres et papiers Concernant la propriété des dits domaines que le dit acquéreur a déclaré bien Connaitre et S’en Contenter. Il Sera passé acte de la dite vente par devant notaire dans trois mois à datter de ce Jour et alors il sera libre de désigner ceux pour lesquels les dits objets seraient destinés en tout ou en partie et le vendeur en consentirait acte de vante Suivant la réquisition qui en Serait faite et aux frais de l’acquéreur Tout ce que de (mot illisible) … étant la volonté des parties aura sa pleine et entière exécution sous leurs garanties respectives  expresses a peine de tout depens dommages et interet Fait double sous nos seings privés à paris le trois prairial an onze (23 mai 1803). Citoyen auguis approuvé le renvoi Approuvé l’écriture dessus et lu contenus le général de division Lu auguis rivaud

Image : carte de Cassini Dans la liasse se trouve aussi un document daté du 24 janvier 1810 signé par le général de division Rivaud de la Raffinière résidant à La Rochelle stipulant avoir reçu : « de Monsieur Auguis membre du corps législatif, demeurant à Melle, la somme de six mille Sept cent dix livres Seize sous onze deniers tant en principal qu’intérêts pour final payment du domaine de Verine que je lui ai vendu par acte du huit fructidor an 11, reçu par maynard notaire à Périgny ; dont je le quitte entièrement. »

Tout semble laisser à penser qu'à cette date  sentant sa fin proche, Auguis met en ordre ses affaires, il avait notamment établi un testament en faveur de son épouse le 30 décembre 1809 qui lui octroyait en plus de ce qui devait lui revenir le quart de ses « propriétés, objets mobiliers et immobiliers. »[31] Il meurt deux mois plus tard, le 17 février 1810 à son domicile de Melle.[32] Et le 16 août suivant, sa veuve Magdeleine Marie Gueny la Braudière,[33] agissant en son nom et en celui de ses enfants majeurs et demeurant à Melle, Pierre René[34], Julie Alexandrine,[35] Louis Sincère[36] et Marie Catherine Auguis[37] épouse de François Joseph Lavallade secrétaire à Paris règle la succession[38]. Leur fils aîné Pierre Jean Baptiste Bonaventure né le 29 janvier 1782[39] lui aussi à Melle n'est pas cité, il aurait été aide de camp de son père durant les missions de ce dernier dans le Midi et à l’armée des Pyrénées orientales et serait mort capitaine de frégate à La Havane en 1801.[40] Dans la succession, on retrouve les biens vendus par Rivaud notamment parmi les biens propres d'Auguy une borderie située au Luc qui est affermée, et en biens d’acquêts la métairie du Luc commune de Verrines affermée aussi tout comme trois autres borderies situées aussi à Verrines. Lors de cette succession, ses enfants ont reçu pour 81 612 francs 82 centimes d’immeubles et 6 840 francs de mobiliers, sa veuve 54408 francs 28 centimes en immeubles et 4560 francs en mobiliers. Olivier Macoux Rivaud de la Raffinière En ce qui concerne Rivaud, la période de la vente de ses biens à Verrines était une période de grand changement dans sa vie. Après des études suivies à l’université de Poitiers, il rêvait d’entrer dans l’armée, et fut mis en 1788 comme sous-lieutenant à la suite du régiment de dragons de La Rochefoucauld ; mais son brevet tarda à lui parvenir.[41] En 1792, Olivier, alors receveur de la taille de Blanzac en Charente, s’enrôla comme volontaire le cinq août dans la compagnie des chasseurs francs de Blanzac[42] et fut élu capitaine en second le 13 août puis nommé à la fin de 1792, capitaine dans l’un des bataillons des volontaires de la Charente. Lors de son enrôlement, il était décrit comme d’assez grande taille 5 pieds 6 pouces, « le nez long et aquilin, les yeux et les cheveux noirs, le visage allongé ». Il participa[43][44] aux campagnes de 1792 et 1793 et combattit aux batailles de Jemmapes, Hondschoote, Warwick où il fut blessé d’un coup de biscaïen à la jambe, ainsi qu’à celle de Wattignies. Il fut fait adjudant-général chef de brigade de la division de Duquesnoy le 8 octobre 1793 et prit part à la campagne de 1794 en Vendée où il fut nommé chef d’état-major général des armées de la côte de Brest pendant six mois. Il participa aux campagnes de l’an III dans l’armée d’Italie, et combattit lors des campagnes d’Italie sous les ordres de Kellermann, puis dans l’état-major de Bonaparte, il participa à de nombreux combats ; et fut blessé à la tête à celui de Saint-Georges-sous-Mantoue. A celui de Porto-Sequano, il fit trois cents prisonniers. En l’an VI, il fut nommé chef de l’état-major général, et participa à la campagne de Belgique ; puis celle de Hollande où il fut promu général de brigade le 15 décembre 1798.  Il fut décisif dans la victoire de Montebello du 6 juin 1800. A celle de Marengo, alors qu’il était sous les ordres du général Victor, ses ordonnances furent tuées alors que lui et son aide de camp furent blessés grièvement. Il rédigea ces mots concernant cette terrible bataille : « Les hommes tombaient comme grêle de part et d’autre. Je perdis dans un instant la moitié de ma ligne, ce ne fut qu’un champ de carnage ». [45] Il fut nommé chef d’état-major général dans l’armée du Portugal en 1801, et Murat écrit de lui au ministre de la Guerre le 21 avril de cette même année : « J’ai donné le commandement de ma cavalerie au général de brigade Rivaud. C’est un brave et respectable militaire qui joint à des talents distingués la moralité la plus pure. Vous avez été à même de l’apprécier, lorsqu’il servait sous vous à l’Armée de réserve, et vous savez quels services il rendit, soit à la bataille de Marengo, soit dans le reste de la campagne. Il a acquis de nouveaux droits à votre estime dans la dernière campagne d’Italie, et le général Brune lui rendant justice vous a demandé pour lui le grade de général de division. Je me joins au Général Brune et vous prie de mettre ses titres sous les yeux du Premier Consul, afin que son brevet lui soit expédié le plus tôt possible. Ce sont de tels hommes qui sont dignes de fixer le choix du Consul, on récompense en eux les services, la probité et un dévouement sincère au Gouvernement. Vous voudrez bien remarquer que le citoyen Rivaud est un des plus anciens généraux de brigade de la République. » [46] L’année suivante, il fut donc nommé général de division sous les ordres du général Leclerc et le remplaça comme commandant en chef lorsque celui-ci partit pour Saint-Domingue. Rivaud revint en France avec son armée grâce à la paix d’Amiens signée le 25 mars 1802, et le Premier Consul lui accorda, dans les termes les plus flatteurs, une gratification de 15 000 francs. Le 2 juin 1802, de Paris il en profita pour écrire un premier courrier où il demande, au vu de ses états de services, la Légion d’honneur, décoration tout juste créée par Napoléon depuis le 19 mai. Le 5 août 1802, Rivaud écrivit  à Poitiers son mémoire et rédigea ses états de services le 8 du même mois à Civray. Il est vrai qu’il avait profité de sa permission pour retourner dans son Poitou natal afin de se marier à Couhé le 24 août 1802 avec Marie Charlotte César de Fricon.[47]

Image : Carte de Cassini, la Raffinière se situe entre Brux et Couhé-Vérac La paix d’Amiens s’achevant ce 18 mai 1803, et devant quitter sa famille, le 10 du même mois il signa, dans son domaine de la Raffinière, une procuration sous seing privé à son épouse. Et le 23 séjournant « hôtel de Nimes rue de Genelle honoré »[48] il parapha l’accord de vente de tous ses biens situés à Verrines avec AuguisIl ne fut donc pas présent dans son château de la Raffinière à Brux le 1er juin suivant,[49] jour où son épouse accoucha d’une fille née au dit lieu et prénommée Charlotte Éléonore Cléopâtre. Ce fut son beau-père Joseph Philippe de Fricon, propriétaire âgé de 65 ans et demeurant à Couhé[50] qui le remplaça comme premier témoin en tant que grand-père maternel de l’enfant. De par cette absence d’Olivier Rivaud en son domicile familial, son épouse le représenta le 26 août 1803 lors de l’acte passé devant le notaire Maynard de Périgné dans les Deux-Sèvres, et qui était une : « Vante consentie par la dame de Fricon chargée des pouvoirs du citoyen rivaud général de division son mary au proffit du citoyen pierre jean baptiste auguis législateur ».

Un peu plus d’un an plus tard, le beau-père du général Joseph Philippe de Fricon [51] certifia au nom de son gendre général de division Rivaud, exactement le 29 septembre 1804 avoir reçu d’Auguis la somme de onze mille livres tournois pour une échéance due du jour tant pour « principal qu’intérêt » :

« Contre lettre De la vante consentie par la dame de fricon chargée des pouvoirs du citoyen Rivaud général de division son mary Au profit Du citoyen pierre jean baptiste Auguis législateur Du 8 fructidor an 11 » « je soussigné faisant pour le Général de divison Rivaud mon gendre, reconnais avoir reçu de monsieur auguis la somme de onze Mille Livres tournois tat pour principal quintest Et tant de Ce jour acomte sur ce qu’il lui… aussi qu’il est porte par l’acte de ventes à lui Consenti le… fructidor an onze donc quittance de onze mille Livres a Contre le Sept Vendémiaire au treize».