Pauline Léon et sa famille à La Roche-sur-Yon.



par Christelle Augris


Je suis particulièrement intéressée par les survivants de la Révolution ; ceux qui à un moment ou un autre ont influencé cette période, et qui ensuite ont disparu du cours de l'histoire sans laisser de traces. Certaines destinées sont encore bien mystérieuses comme celle de Claire Lacombe, une des présidentes de Femmes citoyennes révolutionnaires. Concernant sa consœur, Anne Pauline Léon (un temps prénommée Apolline), nous savons depuis quelques années qu' elle est décédée le 5 octobre 1838 à l'âge 70 ans à La Roche-sur-Yon.[1] Veuve de l’ex enragé Leclerc[2] avec qui elle avait eu un enfant en 1795,[3] elle habitait au domicile de sa sœur cadette.

Pour mieux comprendre pourquoi la Parisienne est venue chez sa sœur à La Roche-sur-Yon (à l’époque Bourbon Vendée) en ce règne de Louis-Philippe, concentrons-nous sur le noyau familial de Marie Reine Antoinette Léon. Cette dernière était née le 17 janvier 1778 à Paris[4] et avait épousé en 1807 Pierre Antoine Louis Allut. Les idées républicaines étaient partagées au sein de la famille Léon, et l’époux de Marie Reine ne dérogeait pas à la norme.


Pierre Antoine Louis Allut l’imprimeur

Il était né le 20 août 1775 à Paris.[5] Sur son acte de décès, il était dit fils de Pierre conducteur de travaux et de Marie Cécile Lemaire. Toutefois, le 4 janvier 1770, cette Marie Cécile Lemaire demeurant à à Paris, âgée de 24 ans, fille mineure d’un défunt vigneron de Chartres demandait l’autorisation d’épouser un Jean Antoine Allut appareilleur dans le bâtiment[6] ; mariage qui eut lieu le 2 juillet 1770.[7] Elle décéda à Paris en février 1782[8], toujours notée épouse d’un Jean Antoine Allut.[9]

Journal de Paris [1782]


Lors de la succession de Marie Cécile Lemaire nous savons qu’elle eut de son époux quatre enfants : Joseph Antoine Isidore qui fut tailleur de pierre,[10] notre imprimeur Pierre Antoine Louis, Thomas aussi imprimeur[11] et Françoise Cécile Allut.[12]


Registre de clôtures d'inventaires après décès fait au châtelet de Paris [1782]


Leur père Jean Antoine, appareilleur donc, c’est-à-dire qu’il était chargé de sélectionner les pierres et d’en tracer les formes,[13] décéda en 1809. Les circonstances particulières de sa mort furent mentionnées dans plusieurs journaux.[14]

Journal de Paris du 7 mars 1809

Tombe de J. B Papin au Panthéon (appelé église Sainte Geneviève durant l'Empire)



Pierre Antoine Louis Allut avant de devenir imprimeur, métier qu’il exerça dès 1795 à Paris sous le nom de P. A Allut, aurait été tailleur de pierre. Ce qui peut s’expliquer du fait qu’un frère l’était et du métier de son père. Établi 555, rue Jacques face au Panthéon, à la fin des années 1790, il imprima plusieurs fascicules d’un Denis « Portrait des Jacobins », « Liste et noms des émigrés qui vont être déportés », « Les crimes des philantropes, dévoilés par les catholiques « Porte-feuille du concile catholique, trouvé par un théophilantrope » [15]et en l’an VI d’un dénommé Luques « Liste et noms des émigrés qui sont au Temple et qui ont dû être jugés à la commission militaire, séante à l’Hôtel de ville. »



Imprimerie de P.A Allut, rue Jacques, N°554, vis-à-vis le Panthéon



Selon la loi du 9 vendémiaire an VIl, il se vit poursuivre en février 1796 avec un certain Saint-Aubin pour « impression sur papier non timbré ».[16] Il fut poursuivi pour la même raison concernant l'impression de « la grande insurrection qui a éclaté à Londres. Nouvelle qui annonce que cette ville est à feu et à sang et qui porte que Pitt a été pendu » dont l’auteur est inconnu, mais qui peut être lui-même selon la BnF[17]car le fascicule fut signé «Pierre A » .


Imprimerie de P.A Allut, rue Jacques, N°554, vis-à-vis le Panthéon

Imprimerie de P.A Allut, , Rue Sévrin, N°120


Son imprimerie se situait toujours rue Jacques, au moins jusqu’en 1802,[18] puis provisoirement au 120 rue de Sévrin (sic).[19] Il s’associa temporairement avec un autre libraire Crochard et en 1805, ils co-imprimèrent « Nouvelle doctrine de Brown. Contenant ses Elemens ».[20]

Pierre Allut, rue de l'Ecole de Médecine, n°6

(journal de Paris [1806])

Temporairement en 1806, il installa une imprimerie librairie Allut, au 93 rue de la Harpe, Collège Bayeux. Mais il eut à cette période quelques démêlés avec un des ouvrages publiés, l'auteur le célèbre Jean Noël Hallé, médecin de l'Empereur et promoeur de la vaccination, fit part de son mécontentement.[21] mais cela n’empêchera pas une collaboration future.


Table générale Des Matières, Par Ordre Alphabétique du magasin encyclopédique

t 2 De J. B. Sajou

Almanach du commerce de Paris, des départements de l’empire français

et des principales villes de l’Europe. An XIII (1805).


Toutefois, on pourrait peut-être supposer qu'un autre imprimeur Allut exerçait à la même période, et cela même si ni la BnF et ni l’Idref ne le mentionnent. [22] Était-ce son frère cadet Thomas ? En effet, à 16 ans, en 1792 lors d’une demande de carte d’identité, il était noté imprimeur ; et un dénommé « Allut jeune » imprima une petite brochure : « TABLEAU portatif des nouveaux poids & mesure » ,précédé d’une arithmétique décimale ; par Blondeau maître d’écriture. Le journal « l’Ami des Lois » du 21 vendémiare an VIII (13 octobre 1799) indiqua : « Ce tableau, dont le prix est de 32 centimes, se trouve chez Allut jeune, rue Jacques, n°. 554. On peut l'afficher dans les bureaux, les magasins, etc. ».

Allut jeune, Imprimeur, rue Jacques n° 534, vis-à-vis le Panthéon

Notre imprimeur Pierre Antoine Louis Allut s’établit rapidement 6 rue de l’École de Médecine et, hormis quelques exceptions[23] se spécialisa dans les publications médicales, comme le « répertoire du pharmacien » d’Antoine Chéreau. Il fut aussi propriétaire du « journal de l’Encyclopédie de médecine et de chirurgie » dont les bureaux se tenaient dans son imprimerie. [24]

Le départ à Napoléon (La-Roche-sur-Yon)

En 1810, Napoléon créa la « Direction générale de l’Imprimerie et de la Librairie » dépendant du ministère de l’Intérieur qui devait, après enquêtes, délivrer des brevets d’imprimeurs et de libraires, afin que « rien ne fût imprimé qui puisse porter atteinte aux devoirs des sujets et à l’intérêt de l’État ». C’était une période angoissante pour tout imprimeur, comme peut le laisser sous-entendre l’annonce qu' Allut fit paraître en juillet 1810.

Journal de médecine, chirurgie, pharmacie, Volume 20 juillet 1810

A cette période Allut imprimait les œuvres complètes de Samuel Auguste Tissot suisse décédé en 1797, de son vivant « le médecin des princes et le prince des médecins », et surtout célèbre par ses écrits sur les soit-disant méfaits de l'onanisme.