Quitter le pays comme émigrette et revenir en tant que yoyo, l’étonnant parcours d’un jouet.



par Christelle Augris


« Journal des Luxus und der Moden » d'octobre 1791


Qui ne connaît pas le yoyo, ce jeu d’enfant qui depuis cent ans a vu de multiples retours de faveur ? Mais le fait qu’une partie de son histoire en Europe soit liée à la Révolution française est un peu moins su. Voici donc un petit article sur l’émigrette son ancienne dénomination.


Plusieurs pistes sont évoquées concernant l’origine de ce jeu, certains le reconnaissent sur des vases grecs du Ve siècle[1], d’autres pensent le retrouver sur des carreaux de Delft du milieu du XVIIe[2], mais il est difficile de tracer ce jouet pourtant parmi les plus anciens avec la toupie et les osselets notamment.


kylix attique, v. 440 av. J.-C., Antikensammlung Berlin


La théorie la plus acceptée est qu’il serait originaire d’Asie mille ans avant notre ère et qu’il proviendrait avec le diabolo d’un même antique jeu chinois. L’un de ces deux jouets étant certainement l’évolution de l’autre. De Chine, il se serait implanté en Asie comme au Japon et aux Philippines, où selon des traditions orales il aurait été utilisé au XVIe siècle comme arme à la fois pour la chasse et la guerre. Au milieu du XVIIIe le yo-yo était connu en Inde, d’où il arriva en Europe en tant que jouet oriental, le bilboquet lui cédant les faveurs du public.


Lady with a Yo-yo Northern India

(Rajasthan, Bundi or Kota) Brooklyn museum


Effectivement, à la fin du XVIIIe siècle, il est avéré que ce jouet était présent dans les royautés française et anglaise. Les Britanniques le connaissaient sous le nom de « bandalore » ou quelquefois « quizz ». Dans un article du « Journal des Luxus und der Moden » de janvier 1792 F. J. Bertuch indique que le jouet serait originaire du Bengale où, pour l’amusement d’une princesse, il fut inventé sous le nom de « Bandelira » ou « bandelure, »[3] ; même si un érudit britannique du XIXe le signale comme un mot français, origine fort peu probable.[4]


aquarelle sur papier (vers 1830) de Patna représentant un tourneur sur bois entouré de jouets dont une figurine d’une femme avec un yoyo (V&A collections)


Le quatrième comte d’Orford, Horace Walpole, dans une lettre du 12 octobre 1790 le mentionne en tant que Bandalore.[5] La même année Elizabeth Sibthorpe dans une obscure pièce « Pinchard Dramatic dialogues for the use of young persons » l’appelle également « le Prince de Galles »[6] ; car au début de 1791, un exemplaire de ce jouet fut entre les mains dudit prince qui l’offrit à sa maîtresse lady Fitzherbert. Il est dit aussi que le duc de Wellington s’y était adonné[7]



Le Prince de Galles est ainsi représenté en jouant selon une caricature du 28 février 1791

(Hand-coloured etching © The Trustees of the British Museum)

Nous savons aussi qu’outre-Manche, enfant Louis Charles de France futur Louis XVII possédait un exemplaire de ce jouet en bois de citronnier à motif de rosace en or.[8] De plus, le musée Leblanc-Duvernoy d’Auxerre expose un tableau attribué à Louise-Elisabeth Vigée-Lebrun intitulé « l’Enfant jouant à l’Émigrette. » longtemps considéré comme un portrait du dauphin, et qui daterait de 1790.[9]




Ce passe-temps d’oisifs aristocrates, quelquefois surnommé roulette, était fabriqué principalement en bois, si possible de noyer ou d’acajou, ou en argent ou en ivoire,[10] et pouvant être serti d’or.

Selon le même article de F.J. Bertuch de janvier 1792, le jouet arriva en Allemagne en passant par la Normandie, puis les Flandres et les Pays-Bas[11] où il fut connu comme le « joujou de Normandie »[12].



Publicité sur le « joujou de Normandie dans « le Leydse Courant » du 8 avril 1791(journal néerlandais)



En décembre 1791, il fut même publié un « almanach de joe joe » avec de nombreuses illustrations sur le sujet[13]




Ce jouet était aussi appelé « Kinard »[14] ou « Cran », et simultanément à son arrivée par la Normandie, les Anglais durant l’été 1791 l’auraient popularisé dans les villes d’eaux d’alors comme Spaa, Aix-la-Chapelle, Pyrmont et Carlsbad.


Ainsi, en cet été 1791, les Émigrés français venus par pléthore à Coblentz (Coblence), certains dès la prise de la Bastille, trompèrent leur ennui, mais aussi leurs angoisses de cette façon. Madame de Lage de Volude amie et dame de compagnie[15] de la princesse de Lamballe y jouait alors qu’elle résidait à Aix-la-Chapelle,[16] Madame de Bouffon (certainement Marguerite Françoise Bouvier de la Mothe de Cepoy, comtesse de Buffon par son mariage) en possédait un orné de diamants et d’une valeur 2400 livres…[17] Mais à l’automne 1791, des lois concernant les biens des Émigrés obligèrent certains à revenir dans leur patrie.[18] Leurs nombreux aller-retours selon les événements suscitaient encore la plaisanterie. Ces mouvements de va-et-vient entre la France et l’étranger évoquant celui du yoyo, le jouet fut rebaptisé « émigrant », « émigrette », « jouet de Coblentz » ou « émigrette de Coblentz ».



Détail d’un éventail représentant le roi de Prusse et l’empereur autrichien

discutant avec un émigré français jouant au yo-yo

© Coutau-Bégarie et associés[19]


Toutefois, lors d’un souvenir d’un acteur concernant les représentations de « Richard Cœur-de-Lion » en 1791 dans la région lilloise, il est dit que selon le parti dont on voulait se moquer, ce jouet s’appelait soit « l’émigré », soit « le patriote ».[20] Dans un ouvrage allemand de 1792 « Zu singendes Lied und Vaudeville unter und auf das allerliebste, allgemein beliebte und unterhaltende Joujou de Normandie» témoignage de l’arrivée en Allemagne de la mode de ce jouet, une caricature montrait trois singes jouant avec des yoyo et habillés à la mode révolutionnaire française.[21]



Cette identification du yoyo aux patriotes fut plus qu’anecdotique ; le nom d’émigrette et sa référence aux partisans du roi prit le dessus, comme les paroles d’une chanson fort célèbre dès 1790 : « quelqu'un qui dit bien s'y connaitre l'appelle jeu des émigrants. Et sur ce nom chacun s’accorde, l’on y trouve à la fois et la roue et la corde ! »[22]

Comme tout distraction à la mode,[23] on voyait l’émigrette sur les promenades[24], dans les salons ; et toutes les devantures des boutiques parisiennes la mettaient en valeur. Ainsi le bazar du Singe vert, rue des Arcis, à Paris, en fit fabriquer vingt-cinq mille en quelques jours.[25] Il fut écrit concernant un dénommé Panier ayant monté un éphémère théâtre (de l’Estrapade) durant la période 1791/1792 et qui y perdit sa fortune, qu’en tant que tourneur de formation, il avait « regretté amèrement ses chaises de pailles, ses quilles et ses émigrettes »[26]. Une actrice qui en joua adroitement sur scène connut un grand succès pour sa prestation[27].



Monument esthématique du XIXe siècle : les modes de Paris,

variations du goût et de l’esthétique de la femme


Ce témoignage d’un contemporain décrit ce phénomène durant l’été et l’automne 1791 :


« En ce bon temps de liberté, malgré que le peuple de Paris n’eût pas toujours du pain à discrétion, il riait, chantait, dansait et buvait, Dieu sait comment. D’un autre côté, les plaisirs d’une classe des Français étaient des vrais plaisirs ; on sortait de France, on rentrait en France, et c’était à qui ferait le plus de folies. L’émigration était tellement à la mode ; qu’on allait de Paris à Coblentz et de Coblentz à Paris, comme on va à Saint-Cloud par mer et, comme on en revient à pied par terre. Il n’existait pas encore de lois contre l’émigration. Ces promenades (c’est ainsi qu’on les appelait) fournirent tellement matière à la plaisanterie, que le bon Parisien n’était plus que l’enfant de la joie. Le joujou en main (l’émigrant ou l’émigrette), et il fallait des joujoux pour passer le temps, faisait rire aux éclats ceux qui le portaient comme ceux qui ne le portaient pas. On donne au jour de l’an, pour amuser les enfans, des Polichinelles, des Pierrots, des Arlequins, et même des petits chevaux de carton ; mais nos bons Parisien n’avaient pas tout à fait cela en main ; vraiment c’était bien autre chose : c’était une petite roue attachée à un cordon de soie qui montait et descendait par le moyen du mouvement de la main, et qu’on appelait émigrant ; et même dans les spectacles, dans les rues, dans les promenades publiques, jeunes comme vieux, petits comme grands, tout le monde avait son émigrette, et c’était à qui le ferait danser, en chantant : « saute, saute mon émigrant. » Il n’y avait pas jusqu’à nos chers qui s’en amusassent pour rire en famille. Ce joujou devint tellement à la mode, que, du nord au midi, de l’est à l’ouest, tous les Français avaient en main cette folie nationale, qui n’était rien autre qu’un ridicule dirigé contre les émigrés qui sortaient de France et y rentraient de même, sans qu’ils trouvassent d’opposition, du moins quand ils n’étaient ni connus ni poursuivis. Ce grelot de la folie qu’on pouvait appeler à cette époque, le passe-temps des Français, ne fut pas d’une bien longue durée ; il fut suivi bientôt de larmes de douleurs (…) »[28]


Durant tout l’automne et l’hiver 1791 le jouet continua à connaître une grande vogue, et comme cette mode était venue des Émigrés, les partisans du roi adoptèrent ce jouet et ce fut dit-on un de leur signe de ralliement notamment sur la terrasse des Feuillants.[29] Voici comment sous le Consulat, la mode de ce jeu fut expliquée :


« Cependant les émigrations se multipliaient tous les jours davantage; la cause en était dans la détermination prise par le roi de s’éloigner de Paris : on ne voyait que des voitures qui prenaient la route de la frontière, et se rendaient à Trêves, à Spire, et surtout à Coblentz, qui était le rendez-vous général de l’émigration. D’autres en revenaient aussi pour prendre des instructions dans l’intérieur, et concerter leurs plans. C’était un mouvement continuel qui faisait jeter les hauts cris aux amis de la révolution, et devenait une source continuelle de dénonciations et de désordres. Pendant qu’une partie des Français se tourmentait ainsi, une autre s’amusait des courses des émigrans (c’était alors le terme). On avait fabriqué une espèce de roulette suspendue à un cordon, au moyen duquel on la fesait descendre et remonter sans cesse sur elle-même ; on appelait cela une émigrette. À la porte des boutiques, dans l’intérieur des maisons, aux fenêtres, on ne voyait que des femmes, des enfans, des jeunes gens jouer continuellement à l’émigrette lin objet de commerce considérable ; mais les événemens apprirent bientôt que l’émigration ne pouvait finir par un jeu. »[30]




La belle Adeline faisant aller son Emigran [31]


Durant l’automne 1791, le Moniteur se fendit même d’un article le concernant.


« Le Moniteur » du 26 octobre 1791

Retronews


Lors d’une nouvelle représentation du mariage de Figaro au théâtre du Marais, le 19 janvier 1792, Beaumarchais pour se gausser de cette lubie parisienne apporta quelques modifications à sa pièce et fit apparaître Figaro avec une émigrette à la main :


« — BRID’OISON, à Figaro.

On… on dit que tu fais ici des tiennes?

FIGARO.

Monsieur est bien bon! Ce n’est là qu’une misère.

BRID’OISON.

On n’est pas plus… us idiot que ça.

FIGARO, riant.

Idiot, moi? Je fais très bien monter et descendre… (Il roule.)

BRID’OISON, étonné.

À… quoi c’est-il bon l’émigrette?

BARTHOLO, brusquement.

C’est un noble jeu qui dispense de la fatigue de penser.

BRID’OISON.

Ba… ah! moi c’te fatigue-là ne… me fatigue pas du tout.

FIGARO, riant.

Jeu favori d’un peuple libre! qu’il mêle à tout avec succès.

BARTHOLO, brusquement.

Émigrette et Constitution, le beau mélange qu’ils font là »


Mais il y eut un chahut lors de la représentation et Beaumarchais se fendit d’une lettre publiée dans la Chronique du 27 janvier :


« En vous rendant grace, messieurs de la bonté que vous avez de m’excuser d’une chose dont on m’accuse à l’occasion de l’émigrette, permettez-moi de dire qu’accusatteurs ni défenseurs ne savent de quoi il s’agit. Voici le fait.

Lassé de ne pouvoir entrer en nul bon lieu, où quatre hommes de sens parlent de choses graves sans un voir un cinquième au milieu rouler gravement l’émigrette ; manie nouvelle, à dire vrai, qui donne à nous Français, un air de nullité dont je fais que l’on rit partout dans les longitude connues, de Strasbourg jusqu’à Petersbourg,, t & en croix sur les latitudes ! Moi qui ne voit point de sottise, sans me croire en droit comme auteur dramatique (& qui dit auteur dit oseur) de courir fus dans mon pays, j’ai pensé que mon droit d’oseur pouvait s’étendre aussi sur les bétises.

En conséquence, voyant que dans la Folle journée, l’auteur a mis un grave Bird Oison & c’est comme qui dirait un rouleur d’émigrette ; j’ai cru pouvoir user de lui, pour dénoncer, en badinant, la sotise & le ridicule de cette éternelle roulerie ; j’ai cru pouvoir & voici les pettites phrases, que j’ai intercallées dans une du Brid-oison, où je crois, qu’il n’y a sauf le respect dû ax journaux, ni cruauté, ni trivialité ; seulement un léger avis à mes distraits concitoyens, que ces rouleurs impitoyables les rendent à la fable de l’Europe, car que dire d’un peuple qui roule une émigrette en parlant de constitutions ?

Voici ce qui est arrivé à la représentation au seul mot d’émigrette, quelques rouleurs émus ont senti

la bordée, inde irae, les murmures, les ah ! les cris ; et les acteurs troublés ont vite coupé la scène, on n’a plus su ce qu’elle voulait dire; raison de plus pour m’accuser d’incivisme, de cruauté, de tout enfin. jusqu’à la niaiserie. Puis rumeur au Palais-Royal ! Projet de troubler mon spectacle, si j’ai l’audace encore de reparler de l’émigrette. Un monsieur en roulant disait très gravement aux autres Je-e vois ce. que c’est, messieurs. En donnant un-un instant de discrédit à l’émigrette, le prix en tom-ombera partout. L’auteur les a-achètera toutes, pour nous les revendre ensuite au-au prix qu’il le voudra car c’est un grand accapareur co-omme on sait. Un accapareur d’émigrettes! ont dit tous les autres messieurs courons, courons à son théâtre, et faisons-y un train du diable. Les acteurs avertis m’ont tous prié de sacrifier les quatre mots sur l’émigrette. J’ai souri de l’effet et le leur ai permis. »

Ce 22 janvier 1792.  » [32]


Ah le bel enfant, embrassez maman nourice[33]


Mais le sujet de l’Émigration inquiétant de plus en plus, ce jouet symbole des Royalistes devint un objet de railleries de la part des Révolutionnaires. L’attaque se fit par des caricatures.[34] La précédente représentant un jeune Émigré retrouvant penaud sa terre natale symbolisée par une nourrice est simple à analyser.



Presque aussi aisée à comprendre, celle de 1792 indiquée « Se vend à Coblentz, hôtel de Mirabeau, et à Paris chez le sieur Laqeuille chargé d’affaire chez les emigrans » représentant André Boniface Louis Riquetti de Mirabeau[35] (frère du célèbre homme politique) comme chef d’une Légion de l’Armée noire et jaune en grand uniforme de hussard de la mort. Il fait rouler son émigrette qui porte le mot veto. Un détachement de ses troupes s’exerçant au même jeu.[36]




Mais selon un frontispice servant d’illustration à un ouvrage royaliste « la Constitution en vaudeville » la représentation d’un homme s’exerçant à ce jeu est distincte selon deux éditions de 1792. Il est représenté avec[37] ou sans cocarde blanche sur son chapeau.[38]

.



Toutefois, si l’on n’est pas un spécialiste du sujet il n’est toujours facile de comprendre le sens exact de certaines. Par exemple, une caricature représentant un brissotin tenant dans une main une « réponse de Brissot à la lettre de Barnave » et dans l’autre une émigrette, avec à l'horizon un navire appelé Espérance ayant pour direction Saint-Domingue, nécessite une connaissance des débats révolutionnaires de 1791.[39] Quand à celle dépeignant sur l’air de Malbroucks[40] le général La Fayette à la tête de la garde nationale composée d'un vétéran et d'un enfant jouant à l’émigrette demanderait certainement une date plus précise que celle de « 1791 ou 1792 » donnée par la BNF pour mieux l’analyser.[41]



L’attaque contre les Royalistes se chanta aussi, comme dans l’air si dessous (cité dans le témoignage précédent) :


« Le nouveau joujou patriotique dit l’Emigrant -

(air de Calpigi, dans Tarare : "Je suis né natif de Ferrare").

Je vois quantité de machines

Amusant des mains enfantines,

Et j’entends dire à chaque instant :

Saute, saute, mon émigrant.

Ce jeu n’est pas fait sans malice ;

Car on voit l’acteur et l’actrice

Au spectacle s’en amusant.

Saute, saute, mon émigrant.


Pour que cette machine tourne,

Il ne faut pas qu’elle séjourne,

Ainsi que fait un noble errant.

Saute, saute, mon émigrant.

Tantôt à Turin se retire ;

Ensuite on le voit dans l’Empire ;

Tantôt il est dans le Brabant.

Saute, saute, mon émigrant.


A la loi qui l’appelle en France,

Ce matin, avec arrogance,

Y répond d’un ton menaçant !

Saute, saute, mon émigrant.

Mais le Français de lui se joue,

En tournant sa petite roue,

La remontant, la rabaissant.

Saute, saute, mon émigrant.


Dans Coblentz, dit-on, est le trône

Du grand Condé, qui toujours prône

Qu’il veut venir en conquérant.

Saute, saute, mon émigrant.

Qu’il vienne, on l’attend de pied ferme ;

Car sa menace est d’un long terme.

On lui dira, s’il est méchant :

Saute, saute, mon émigrant. »

Soutenu des amis du pape,

De loin le noble mutin jappe ;

Mais il n’est guère entreprenant.


Saute, saute, mon émigrant.

Craint-il que ses soldats se mouillent,

Ou bien que leurs fusils se rouillent ;

Sont-ils soldats du Vatican ?

Saute, saute, mon émigrant.


Plusieurs d’eux craignent que leurs têtes

Ne soient le prix de ces conquêtes.

Leur faible cœur s’en va battant.

Saute, saute, mon émigrant.

Nos braves réquisitionnaires

Iront bientôt, hors des frontières,

Chanter, baïonnette en avant :

Saute, saute, mon émigrant.[42]


Des couplets du « jeu de l’émigrette ou les Trois coups républicains » furent entonnés le jour de la fête de l’inauguration des bustes de Marat et Le Peletier, dans la maison du ministre de l’Intérieur[43].


L’émigrette fut tournée aussi en ridicule dans les journaux notamment pour vanter des jeux plus patriotes comme dans « le journal de Strasbourg » du 3 février 1792.



Mais comme toute mode, celle-ci passa, et non pas uniquement par désintérêt du jeu en lui-même. Dans les fausses mémoires du bourreau Samson, parues en 1830, un passage le résume bien : « la journée du 10 août balaya le boulevard de Coblentz, les nœuds de rubans blancs et les émigrettes. (…) » [43b]

Une dernière grinçante moquerie dans un article de septembre 1792 la comparait à un jeu avec guillotine miniature.



Annales patriotiques et littéraires de la France, et affaires politiques de l’Europe, 12 septembre 1792

Ainsi l’émigrette n’était plus de mode ; à la fin de l’Empire, le jeu du diable ou diabolo importé de Chine avant la révolution, où sur place il servait de crécelle aux colporteurs ambulants, fit fureur.


Leçon de Diable

Gallica

Quelquefois, vu sa ressemblance on le confondit avec l’émigrette,[44] comme cette référence dans un article de journal d’avril 1812 :

« tous les gens qui aiment à penser en s’amusant, trouvent autant de plaisirs à ce jeu que les gens qui veulent ruer e tels en trouvent au ridicule jeu de l’émigrette »[45]


Le jouet aurait connu un léger retour en faveur à la Restauration, et aurait permis à certains de montrer un royalisme de bon aloi en l’exhibant :


« Au milieu des agitations politiques de 1791, lorsque M. de Provence et le comte d’Artois donnaient à la noblesse française le signal de l’émigration, quelque industriel inventa un joujou analogue à cette circonstance, qui n’avait pourtant rien de bien plaisant. C’était un morceau de bois, d’ivoire ou de nacre de forme ronde, creusé circulairement comme une roue d’un wagon. On enrôlait dans cette rainure un fil de soie dont un des bouts restait dans la main; on laissait tomber la roue, puis une secousse rétrograde lui imprimait un mouvement de rotation qui la faisait remonter rapidement à l’aide d’un fil conducteur. On désigna ce joujou sous le nom l’émigrette, pour désigner que nos gentilshommes effarouchés ne gardaient pas longtemps rancune à la nation émancipée, que leur départ n’était qu’un jeu, et que leur retour ne tenait qu’à un fil. Les émigrettes furent bientôt de mode parmi les enfants de tout âge et de tout sexe, c’est-à-dire parmi l’élite de la société parisienne. Ce qui n’avait été d’abord qu’un passe-temps fort ridicule, ou tout au plus une ironie d’assez mauvais goût devint un objet de luxe, un signe caractéristique du suprême bon ton. Les incroyables d’alors, qui devaient être un peu plus tard les merveilleux du Directoire, et les belles dames de race bourgeoise firent assaut de splendeur et de richesse dans, le choix de leurs émigrettes. On les portait à la promenade, au bal, au spectacle, comme on y porte aujourd’hui un bracelet ou un lorgnon, pour en faire admirer le métal et la ciselure. Les unes se distinguaient par la finesse de leurs incrustations, d’autres étaient parsemées de perles, de rubis ou de diamants. L’ostentation avait donc plus de part que le plaisir dans ce jeu bizarre qui avait le triple avantage de mettre en évidence le faste des joueurs, la gracieuse adresse des joueuses et la délicatesse de leurs blanches mains. Les émigrés, malgré la muette prédiction, ne revinrent tous qu’après quelque vingt ans d’absence. Un fabricant, jaloux d’écouler un reste de marchandises depuis longtemps passées de mode, exhuma alors les émigrettes, qui devinrent entre leurs mains une image mobile du juste retour des choses et des gentilshommes d’ici-bas. L’émigrette fut de nouveau un symbole politique : elle eut la signification de la cocarde blanche et la vertu d’une amulette. Plus d’un diplomate en congé de réforme, et réputé suspect, fut redevable, à l’adroite, exhibition de ce précieux talisman, d’une ambassade ou d’un siège au conseil d’état »[46]


Puis, ce jouet indiqué dans quelques ouvrages comme petit jeu d’adresse désuet [47] perdit pendant longtemps les faveurs du public, et n’était encore présent que dans quelques boîtes de jeux d’adresse ou « jeux de demoiselles », boîtes dont l’énumération ressemble à un inventaire à la Prévert « jeux de Grâces, de Solitaire, jonchets, dés, osselets, volants, balles, domino, Émigrettes… ».



Certains ouvrages sur le thème des jeux le mentionnèrent encore de temps à autre :

« émigrette est un jeu qui a été en vogue quelque temps. C’est un rond de bois, ou d’ivoire, ou d’écaille, ou de métal creusé dans son pourtour à une certaine profondeur comme une poutre. Un bon cordonnet est attaché au centre de l’émigrette, & par une légère secousse on fait enrouler ce cordon qui entre dans la rainure. L’habilité du joueur consiste à entretenir cet enroulement du cordonnet, & à le tenir toujours en activité, malgré les tours que l’on fait faire à l’émigrette [48] »


Et les dictionnaires du XIXe indiquèrent simplement :

« Émigrette. s. f. petite poulie qui s’élance et revient en roulant sur la ficelle qui la tient. »[49]


« Emigrant. Sorte de petite poulie autour de laquelle est enroulée une corde, qu’on lance avec force de manière à ce que la corde que l’on tient par le bout étant déroulée toute sa longueur fesse revenir l’instrument sur lui-même. C’est un jouet d’enfant qui faisait vogue en 1791, mais aujourd’hui est peu cherché. On l’appelait aussi Émigrette »[50]


Dans la célèbre nouvelle, « la Dame de pique» de Pouchkine, lors de la description de l’intérieur désuet de la comtesse Anna Fedotovna, on peut lire en russe le mot « рулетки ». Le lexicographe écrivain et ami de Pouchkine, Vladimir Dahl définissait ce mot comme un jouet français sur corde. Qu'ils soient anglophones ou francophones, ce fut un défi pour les traducteurs. Ainsi l’article de blog « diabolo, l’émigrette & la dame de pique » précise que certaines éditions anglophones traduisent par le mot bandalore.[51]


Lors d’une traduction en français de 1843, le terme choisît fut roulette[52], celle de Mérimée omet tout simplement le mot,[53] quand une autre traduction de 1901 emploie le terme d’émigrette :


« (…) dans tous les coins, il y avait des bergères en porcelaine, des pendules du fameux Leroy, des boîtes, des émigrettes, des éventails et différents bibelots de dame inventés à la fin du siècle dernier, en même temps que la montgolfière et le magnétisme de Mesmer. »[54] ce qui correspond bien à la description voulue du temps passé.




Boite de dominos fabriqué en Grande Bretagne vers 1800

(on y aperçoit un garçonnet jouant à la bandolore)

V&A collections


Mais c’est outre-Atlantique que ce jouet retrouva le succès. En 1866, deux résidants de l’Ohio fabriquèrent un « whirligi » et déposèrent un brevet pour ce "bandalore amélioré" [55], en 1885 on trouve trace de lui au Canada aussi comme « jouet de Galles »[56]...

En 1916, le « Scientific American Supplement » publia un article intitulé « Filipino Toys » qui décrivait le jouet précisément dans sa forme actuelle et le nommait yo-yo , mot tagalog (dont est issu le philippin), rappelons-le, voulant dire va-et-vient. En 1928, Pedro Flores émigré philippin ouvrit en Californie la première usine de fabrication de ce jouet (Yo-yo Manufacturing Company) et le commercialise sous le nom de« Filipino yo-yo ». Puis en 1929, l’homme d’affaires Donald F. Duncan racheta l’usine et déposa un brevet pour protéger le nom. Il entreprit d’importantes campagnes publicitaires,[57] et en 1962 l’entreprise fabriquait en moyenne 60 000 unités par jour et plus 45 millions de yoyo furent vendus aux États-Unis. Mais en 1965, suite à un procès perdu, l’appellation de « yoyo » entre dans le domaine public, et Duncan fit faillite.[58]

En 1932, lors d'un retour en vogue sur le vieux continen de ce jouet sous le terme du yoyo, l’orgueil national fit que l’on rappela dans de nombreux journaux français la paternité du jouet via l’émigrette.[59]


Journal des débats politiques et littéraires du 23 octobre 1932.

(Retronews)

The Chicago Tribune and the Daily News, New York du 20 août 1932

(Retronews)


On l’entraperçoit aussi dans le film de Renoir « la Marseillaise », où un noble émigré désœuvré et se désespérant de revenir en France en joue dans un salon de Coblentz. [60]



Par son symbole, La scène est prophétique ; car peine perdue, image d’un autre temps tout comme ce noble dépassé par les événements, le mot émigrette fut inéluctablement oubliée. Et le terme Yoyo aux consonances plus enfantine et ludique fut employé lors des nouvelles vogues du jouet dans les 60 et 80 du XXe siècle.


le yoyo aux halles en 1932 (Agence de presse Mondial Photo-Presse)

(Gallica)

[1] Véronique Dasen, « Histoire et archéologie de la culture ludique dans le monde gréco-romain. Questions méthodologiques », Kentron, 34 | 2018, 23-50. https://doi.org/10.4000/kentron.2460. Lire à ce sujet le paragraphe « Des jeux sans texte » [2] Selon Doc Lucky’s sur le site « History of the Yo-Yo » https://yo-yos.net, ce serait des extracteurs de pierres. [3] « Journal das Luxus und der Moden » de Bertuch de janvier 1792 article intitulé « Uber das Joujou de Normandie und die Moden das Joujou uberhaupt » [4] Periodicals Publisher London [etc.] Oxford University Press « Notes and queries Topics Questions and answers » – Bandalore :« the earliest quotation given by Dr. Murray is dated 1824; but the date of the toy is about 1790. (…), in which Moore says that the earliest verses were composed on the use of the toy “called in French a bandalore, and in English a quizz” (…) As no one guesses at the etymology of bandalore, I suggest it is a made-up phrase – French bande de l’aure, string of the breeze, or whizz ». [5] The letters of Horace Walpole à Miss Mary Berry « I have dined today at Bushy with the Guilfords, where were only the two daughters, Mr. Storer, and Sir Harry Englefield, who performed en professeur at the game I thought Turkish, but which sounds Moorish; he calls it Bandalore » La portraitiste Mary Spilsbury en 1792 à l’âge de 16 ans aurait présenté à la Royal académie un tableau intitulé « The bandalore, or fashionable toy » selon l’article « diabolo, l’émigrette & la dame de pique » [6] Elizabeth Sibthorpe Pinchard « Dramatic dialogues for the use of young persons » 1792 -London E. Newbery.: « A bandalore; some call them Prince of Wales’s toys’ because (…) ‘They are all the fashion. The Prince of Wales brought them in» [7]Eugène Forcade « Poètes anglais du dix-neuvième siècle - Thomas Moore, sa Vie et ses Mémoires » Revue des Deux Mondes, 2e série de la nouv. période, tome 1, 1853 (p. 617-648). « Je me souviens, disait lord Plunket, d’avoir assisté un jour à un comité de la chambre des communes dont lord Edward Fitzgerald faisait partie. Le duc de Wellington, qui s’appelait alors le capitaine Wellesley et qui était l’aide-de-camp du lord-lieutenant d’Irlande, s’y trouvait aussi. Tant que dura la séance, le duc, je m’en souviens, ne fit autre chose que jouer au quiz. » https://fr.wikisource.org/ [8]L’écrin en maroquin rouge qui la protège est décoré d’un dauphin couronné et ceinturé d’une guirlande de fleurs de lys. L’émigrette est en bois de citronnier recouvert d’or rouge. Sur chaque rondelle, un motif de rosace gravé à l’or jaune. Sur l’une d’elles est inscrit : Émigrette ayant appartenu à Louis XVII et donnée par Cléry au comte de Noinville. L’objet fut passé de Cléry à la famille de Malherbe et fut revendu lors de sa succession à Évreux en 1933. Elle est aujourd’hui dans une collection privée. Elle fut présentée lors de l’exposition du 17 octobre 2001 au 28 janvier2002 « Jouets de princes (1770-1870) » au Musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau http://musee.louis.xvii.online.fr/jouets.htm [9] En effet, il avait été indiqué qu’elle avait peint un tableau du duc de Normandie (son titre avant le décès de son frère ainé en 1789). Mais selon la base de données Joconde, il est indiqué « Œuvre attribuée à Louise Élisabeth Vigée-Lebrun depuis 1889. Attribution plusieurs fois remise en question, tout comme l’identification au jeune Louis XVII de l’enfant représenté. » Le tableau fut offert au musée d’Art et d’Histoire Auxerre en 1889. [10] Un exemplaire fut en vente lors de la vente « L’empire à Fontainebleau » du 8 novembre 2009 https://www.auction.fr/_fr/lot/rare-emigrette-en-ivoire-tourne-hellip-2212385 [11] / Un ouvrage de la fin du XVIII édité en néerlandais « Ode aan de Joujou de Normandie: speelgoed van smaak; maar niet voor kinderen » [12] Peu d’exemplaires d’émigrettes de cette période sont mis sur le marché de l’art et des antiquaires. Un exemplaire vendu, il y a quelques années était dit venir des « ateliers dieppois fin 18e ». [13] N. de Roever Dr. G. J. Dozy « Het Leven Van Onze Voorouders » Amsterdam van Holkema & Warendorf. [14] « Alphabet gymnastique » Paris 1830-1848 p52 http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb36201354j [15] R. Davison « Time and Exile: The Case of Mme la Marquise de Lage de Volude ». Lumen, 18, 69–82. (1999). https://doi.org/10.7202/1012367ar [16] « Souvenirs d'émigration de Madame la Marquise de Lage de Volude, dame de S.A.S. Madame la Princesse de Lamballe, 1792-1794 Lettres a Madame la Comtesse de Montijo /publiées par M. le Baron de la Morinerie » Imprimerie Auguste Hérissay - Évreux 1869. Selon une lettre du 11 octobre, le 8 octobre 1791 à Aix la Chapelle lors d’un grand diner donné par la Princesse de Lamballe revenant de Spa, son amie Madame de Lage arrivant elle de Coblentz et qui y assista décrit dans ses souvenirs ce diner. Et selon la retranscription du baron de la Morinerie « (…) sans cesser de jouer avec sa roulette, - un petit jouet à la mode, suspendu après un cordon de soie qu’on fait monter et descendre avec la main (…) » Google Book [17] Dans le « Journal das Luxus und der Moden » de Bertuch de janvier 1792 article intitulé « Uber das Joujou de Normandie und die Moden das Joujou uberhaupt » [18] L'Assemblée législative, par un décret du 31 octobre 1791 ordonna aux Émigrés de rentrer avant le 1er janvier de l'année suivante sous peine d’être déclarés rebelles et déchus de leurs droits. Un second du 1er février 1792 rétablissait l'utilisation du passeport ordonna la confiscation des biens des émigrés ; puis par décret du 30 mars 1792l, à la peine de mort pour tout émigré pris les armes à la main. [19] COLLECTION AMAURY TAITTINGER SOUVENIRS HISTORIQUES Louis XVII, le Roi de Rome & le Prince Impérial VENTE AUX ENCHÈRES PUBLIQUES HÔTEL DROUOT -ÉVENTAILS du XVIIe siècle à l’Art Nouveau Est-ce le même dont selon le Bulletin officiel 301 de février 2020, « il fut confirmé l’exercice par l’État du droit de préemption en vente publique sur : - Éventail plié l’émigrette et Coblence, France ? vers 1790-1793, feuille double en papier gravé et rehaussé en couleurs, monture en bois, hauteur : 28,5 cm – lot n° 166 au prix de 708,40 € » ? [20] Jules Maurel, Marie et Leon Escudier « La France musicale. » Volume 4 : « Cette pièce a fait un grand bruit pendant la révolution, non seulement par son mérite qui est incontestable, mais parce qu’elle a servi de point de mire aux différentes opinions, dans bien des occasions. J’étais en représentation à Lille, en Flandre, en 1791. Le théâtre alternait avec Tournay, qui appartenait alors à l’Autrice ; mais les communications n’étant pas encore interrompues permettaient aux émigrés d’être sans cesse sur cette route. La frontière n’était séparée que par un poteau k cependant les choses avaient un aspect bien différent d’un lieu à l’autre, ici on voyait la cocarde tricolore, là la cocarde blanche. Les royalistes avaient ainsi parodié O Richard, ! ô mon roi ! O Louis ! ô mon roi ! L’univers t’abandonne Sur la terre, il n’est plus que toi Vivre et mourir pour ta personne un joujou s’appelait d’un côté une émigrette, et de l’autre, un patriote ; mais on riait réciproquement de ce jeu des pendus. » Google Book [21] Imprimé en 1792, avec l’édition probablement fictive « Wisladen », un exemplaire à la Staatsbibliothek de Berlin est en ligne. Deux chansons dans l‘ouvrage font référence au yoyo: La première chanson, chantée sur la mélodie populaire de Marlborough, est une ode au jouet qui souligner ses qualités méditatives. La deuxième chanson indique que le jouet donne du réconfort, lors de situation de stress, amoureux attendant, avocat perdant une affaire. [22] Les Frères Goncourt « histoire de la société française pendant la Révolution » Paris 1854 Google Book [23] Victor Fournel, « Esquisses et croquis parisiens : petite chronique du temps présent » Série 2/1876-1879 E. Plon (Paris) « C’est ainsi que Paris a eu le bilboquet, les découpures, les pantins, le parfilage, l’émigrette, la potichomanie, la question romaine, — j’en passe quelques milliers. Le dernier chapitre de cette maladie chronique, qui se manifeste par des crises plus ou moins aiguës et plus ou moins longues, s’appelle jusqu’à présent le tambour japonais ». https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63948665 [24] Vicomte Félix de Conny « Histoire de la Révolution de France » Tome 2 : « On avait fabriqué une espèce de roulette suspendue à un cordon, au moyen duquel on la faisait descendre et remonter sans cesse sur elle-même; on lui avait donné le nom d’émigrette, et l’émigrette était devenue le jeu à la mode : partout, aux fenêtres, dans les promenades, on ne voyait que des femmes, des enfans, des jeunes gens même agiter continuellement l’ émigrette » https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3067522q [25] Jean-Bernard, « Les lundis révolutionnaires : histoire anecdotique de la Révolution française » 1792, chapitre III: Les accapareurs de sucre ; » Georges Maurice libraire-éditeur, Paris, 1892 (page 29) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2065378/texteBrut/ Edmond Louis Antoine Huot Goncourt, ‎Jules Alfred Huot Goncourt · Histoire de la société française pendant la Révolution1854 « Ce jeu s’appelle Coblentz ou l’émigrette. C’est une vogue. Le Singe - Vert, rue des Arcis, en fait fabriquer vingt - cinq mille ; et, Paris ruiné, le Parisien chante son Coblentz montant et redescendant. Quelqu’un qui dit s’y bien connaître

L’appelle jeu des émigrants, Et sur ce nom chacun s’accorde, L’on y trouve à la fois et la roue et la corde . » [26] L.-A. Beffroy de Reigny, Mayeur, Ribié et Saint-Aubin « Almanach général de tous les spectacles de Paris et des provinces pour l’année 1791 (-1792)... par une société de gens de lettres et d’artistes » https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9754563c [27] Théophile Marion Dumersan « Chants et chansons populaires de la France, 1re (-3 me) série ».... Série 3 Paris 1843-1844 Selon un dénommé L.F« Nous avons déjà remarqué cette tendance de l’esprit français à tourner tout en plaisanterie. L’émigration, qui avait commencé en juillet 1789, par un principe politique, était devenue une mode, et il était bon ton d’émigrer. Ces mots étaient encore étrangers à la langue française. Ce fut le 23 octobre 1793 que sur le rapport du député Buzot, la convention nationale rendit le décret qui bannit à perpétuité du territoire de la République tous les émigrés Francis, et porta contre eux la peine de mort, malgré la réclamation de Tallien et de Condorcet. En 1791, on plaisantait encore sur l’émigration, et un joujou à la mode, auquel ont donna le nom d’émigrant ou d’émigrette eut une vogue extraordinaire ? C’était une roulette suspendue à un cordon au moyen duquel on la faisait descendre et remonter sans cesse sur elle-même. A la porte des boutiques, dans l’intérieur des maisons, aux fenêtres, on ne voyait que des femmes, des enfants, des jeunes gens jouer continuellement à l’émigrette ; et on vit même dans les salles de spectacles, et une actrice joua un jour son rôle, tout en s’amusant de son émigrette, ce qui fut fort applaudi du parterre » https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1047996f A.L de Breuil « La France, il y a trente ans » Pichard Paris 1822 Google Book [29] Henry René Allemagne « Sports et jeux d’adresse » 1903 — « les partisans du roi avaient adopté ce jeu, aussi les personnes qui se piquaient de royalisme ne manquaient pas de se montrer avec leur émigrette aux promenades où la foule élégante était grande. On marchait à pas comptés en tenant, chacun au bout du doigt, ce jeu en mouvement, et les papiers du temps disent que la terrasse des Feuillants, qui était le rendez-vous aristocratique par excellence, offrait alors un spectacle vraiment singulier. La vogue de ce jeu fut tellement considérable que cette même année, une seule maison de Paris, le « singe vert », établi rue des Arcis, en fabriqua en très peu de temps » https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k933475x [30] Claude-François Beaulieu « Essais historiques sur les causes et les effets de la Révolution de France. Tome 2/, avec des notes sur quelques évènemens et quelques institutions » Paris 1801-1803 Google book/ repris en partie dans le t 8 de « L'improvisateur français » (p163) [31] Estampe Publication : [Paris] : [Basset ?]https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b69475248 [32] Chronique de Paris. T5 (1792) Date d’édition : 1790-1793 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k495052 (p 105)/Alphonse Aulard le mentionnait dans « Beaumarchais et la Révolution » Œuvres Classicompilé n° 138 Google Book [33] estampe 1791-179 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6948128v [34]Serge Bianchi dans son article « Engagements et destins des nobles de l’Essonne dans la décennie révolutionnaire : essai de bilan In : Les noblesses françaises dans l'Europe de la Révolution » [en ligne]. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2010h https://doi.org/10.4000/books.pur.129849 concernant les caricatures et notamment de celles du Prince de Condé cite l’ouvrage d’ Antoine De Baecque, « La caricature révolutionnaire » (Paris, Presses du CNRS, 1988, p. 198-208, « Les soldats de papier », « Grande armée du prince de Condé » ) Bianchi donne la précision suivante « On note une féminisation de l’émigré, autour des plaisanteries sur Vilette et sur l’émigrette. » [35] André Boniface Louis Riquetti, vicomte de Mirabeau (1754-1792), homme politique et miltaire, il donna sa démission de député en juin 1790 et émigra en Allemagne. Il s’installa en Pays de Bade et leva la légion des Hussards de la Mort, qui fit aux républicains, pendant 1792, une guerre d’escarmouches. Il meurt des suites d’une attaque d’apoplexie [36] http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb402601219 [37] Frontispice attribué à Debucourt représentant un patriote s’amusant à l’émigrette dans l’œuvre de François Marchant « la Constitution en vaudeville, suivie des Droits de l’homme, de la femme et de plusieurs autres Vaudevilles constitutionnels ». Paris 1792 https://hdl.handle.net/2027/njp.32101078438304 [38] « la Constitution en vaudeville, suivie des Droits de l’homme, de la femme et de plusieurs autres Vaudevilles constitutionnels ». Paris chez les Lib. Royalistes. 1792. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k48408k/f5.item Il existe aussi une autre édition miniature avec le frontispice en couleurs [39]« constitution entre les main des brissotins » Barnave étant contre l’égalité des droits des gens de couleurs et fut attaqué par cela par Brissot. Après Varennes, il fit partie des monarchistes constitutionnels du club des Feuillants entrainant la haine des Parisiens à son encontre Musée Carnavalet, Histoire de Paris [40] «L'général vat en guerre -Mironton ton ton Mirontaine - L'général vat en guerre- Avec Roïal bombon -Avec Roïal bombon - Et le Roïal pituitte - Miroton ton ton Mirontaine - Et le Roïal pituitte" », [41] https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40249607w [42] « Chanson sur les émigrans »: imp. de F. D. Thiery (Pont-à-Mousson) 1789 (selon Gallica) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5837249v/f2.item [43]Imprimerie nationale https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb33441241p

[43b]Vincent de Langres Lombard « Mémoires de l'exécuteur des hautes œuvres: pour servir à l'histoire de Paris pendant le règne de la Terreur» Paris 1830 Google Book [44] François Theimer -Catalogue « les jeux de collection » https://www.gazette-drouot.com/telechargement/catalogue?venteId=272 [45] « Gazette de France » du 27 avril 1812 Retronews [46] « Le Messager des demoiselles : gazette spéciale des jeunes personnes » Paris 1842-03 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k935980g [47] Jacques Lacombe « Encyclopédie méthodique. Dictionnaire des jeux mathématiques, contenant l’analyse, les recherches, les calculs, les probabilités & les tables numériques, publiés par plusieurs célèbres mathématiciens, relativement aux jeux de hasard & de combinaisons ; et suite du Dictionnaire des jeux » A Paris, chez H. Agasse, imprimeur-libraire 1798 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6136555t [48]Ibid. [49]Dictionnaire abrégé de l’Académie française 1836 http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb31559288c [50] Dictionnaire général de la langue française et vocabulaire universel des sciences, des arts et des métiers.... T. 1, A-L/par F. Raymond, A. André (Paris) Crochard (Paris) F. G. Levrault (Paris) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9663419b [51] « diabolo, l’émigrette & la dame de pique » [52] Traduction Paul de Julvécourt de 1843 aux éditions Baudry :« Puis, dans tous les coins, c’étaient de petites figures en porcelaine, des bergers, des bergères, des corbeilles en écaille, des bonbonnières émaillées, des roulettes, des éventails, enfin tous ces joujous de femme que la fin du dernier siècle avait produits concurremment avec le ballon de Mongolfier, et le magnétisme de Mesmer. Il y avait aussi un magnifique le Roy, la pendule classique de ce temps-là. » [53] Traduction de Mérimée : « dans tous les coins, on voyait des bergers en porcelaine de Saxe, des vases de toutes formes, des pendules de Leroy, des paniers, des éventails, et les mille joujoux à l’usage des dames grandes découvertes du siècle dernier, contemporaines des ballons de Montgolfier et du magnétisme de Mesmer. » Lire (en russe), la note 21 [54] Traduction de Maurice Quais chez Guyot en 1902. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9321462 [55] Ohio History Central, article sur le yoyo /brevet du Whirligig [56]   « Cher Journal : Noëls d’antan: Dix récits choisis » dont celui Joséphine Bouvier vivant dans le Saskatchewan au Canada : « (…) Le 25 décembre 1885 (…)Le Père Noël a l’air de savoir que ma couleur préférée est le bleu Il a laissé un drôle de truc dans le bas de chacun des garçons : une bandelure. C’est un jouet fait d’une ficelle enroulée entre deux rondelles de bois. Quand on sait le faire fonctionner, la ficelle se déroule, puis s’enroule de nouveau toute seule en, faisant remonter le jouet. Les garçons n’y sont pas encore arrivés. Louise dit que ce jouet porte aussi le nom du « jouet du de Galles (…) » [57]THE ORIGINS OF THE YO-YO, ONE OF THE OLDEST TOYS KNOWN TO HUMANITY, SEEN ON THE SIDE OF GREEK VASES 500 BC February 20, 2021 [58] https://yo-yos.net/luckys-history-of-the-yo-yo/ [59] « La liberté » du 11 septembre 1932, « ric et rac » du 3 septembre 1932/ « L'École et la famille : journal d’éducation, d’instruction et de récréation » E. Robert, Directeur 1 octobre 1933/ « L’Auto-vélo : automobilisme, cyclisme, athlétisme, yachting, aérostation, escrime, hippisme »/dir. Henri Desgranges10 septembre 1932… [60] À la vingt-huitième minute du film, lire aussi de Christophe Rousseau « A la recherche de la noblesse émigrée dans les films français concernant la Révolution française »

© 2019 Christelle Augris, Frédéric Augris. Contact  -Politique de confidentialité

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